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Pourquoi Standard and Poor’s a dégradé la Tunisie

Les pays de l’Union Européenne ne sont pas les seuls à voir leurs notes de dette dégradées par les agences de notation.

Le 23 mai dernier, l’agence américaine Standards and Poor’s, a annoncé le 23 mai la dégradation de la note de la dette du pays, explique le magazine en ligne Webdo.

Et c'est logiquement, qu'une semaine plus tard, Standards and Poor’s annonçait la dégradation de pas moins de cinq banques tunisiennes.

L’implication étroite entre les cinq banques en question (La Banque de l’Habitat, l’Arab Tunisian Bank, la Banque tuniso-koweitienne, la Société tunisienne de banque, et le Banque de Tunisie et des Emirats) et l’Etat tunisien n’y est pas pour rien car ce dernier est un actionnaire majoritaire pour toutes.

Chacune a vu son rang descendre d’au moins un cran voire plus avec perspective stable ou non.

Le plus inquiétant pour la Tunisie reste la dégradation de la note de sa dette à long terme. Elle est passée de BBB- à BB avec une perspective stable

En d’autres termes, Standard and Poor’s considère que la Tunisie fait partie des emprunteurs spéculatifs et que cette situation ne devrait pas changer d’ici peu.

Il est vrai que la situation économique du pays, depuis la révolution, n’est pas très bonne. Mais l’agence avance d’autres raisons qui l’ont conduit à cette décision.

«Malgré la stabilité globale du pays et le consensus général depuis la chute de Ben Ali, en janvier 2011, nous pensons que les incertitudes vont persister quant à la politique menée à moyen terme, au moins jusqu’à ce que la Tunisie adopte une nouvelle constitution et élise un gouvernement. Nous ne prévoyons pas cela avant le milieu de l’année 2013», a déclaré l’agence dans un communiqué.

La prise en compte de l’instabilité politique dans la notation économique, c’est pour Khemaies El Bejaoui, ancien universitaire en Finance à Tunis et Alger, et expert auprès de la Banque mondiale, la principale raison de la dégradation comme il l’explique sur Webdo.

«L'ambassadeur des États Unis, dans une tournée qu'il effectuait dans le sud, a pu constater de visu que la situation (de sécurité dans le pays, ndlr) restait précaire, puisqu'il a failli être lui-même, agressé. Or ce genre de faits et rapports tombent fatalement entre les mains des analystes américains et en premier lieu S&P dont la mission est d'informer du risque souverain dans tous les États où les investisseurs américains placent leur épargne (...). C'est peut-être cet aspect des choses qui a le plus compté sur la notation du risque souverain tunisien».

Pour le gouverneur de la Banque centrale tunisienne, Mustapha Kamel Nabli, l’explication est la même. Dans une interview, il a declaré qu’il trouvait la notation «sévère» et «plus liée aux incertitudes politiques qu’à la situation économique du pays».

Lu sur Webdo 

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