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Charles Taylor, le jour de la sentence, 30 mai 2012, La Haye REUTERS/United Photos
Charles Taylor, le jour de la sentence, 30 mai 2012, La Haye REUTERS/United Photos

La condamnation de Taylor n’est que justice

Beaucoup verront dans le verdict du procès de Charles Taylor pour crimes contre l’humanité, une condamnation partiale, elle n’est est pas moins juste.

Mise à jour du 20 juillet : L'ex-président du Liberia Charles Taylor, condamné le 30 mai 2012, par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, délocalisé à la Haye, à 50 ans de prison pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, a fait appel de sa condamnation.

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On s’y attendait. Et c’est chose faite depuis hier. L’ancien président libérien, Charles Taylor, vient d’écoper de 50 ans de prison pour crimes contre l’humanité en Sierra Leone. Une lourde peine qui lui a été infligée par le Tribunal spécial pour la Sierra Léone (TSSL) délocalisé à La Haye aux Pays-Bas, au terme d’un procès marathon qui aura duré près de 6 ans.

A moins d’un pourvoi en appel qui vienne réduire ou annuler cette peine, l’ancien chef de guerre libérien qui a semé la terreur et la désolation auprès des populations sierra-léonaises, de 1991 à 2002, passera un demi-siècle de sa vie dans une geôle britannique.

Ce n’est que justice

L’homme paie cash son soutien aux rebelles du RUF (Front révolutionnaire uni) de la Sierra Leone qui ont commis les pires exactions contre des populations civiles. De toute évidence, cette condamnation ne peut que réjouir les parents des victimes qui ont longtemps réclamé, à cor et à cri, justice mais aussi les mouvements de défense des droits de l’Homme.

Cueilli en 2006 au Nigeria et transféré à La Haye, Charles Taylor est le premier président dont le procès a abouti. Certes, il y a eu des chefs d’Etat de l’Europe de l’Est qui sont tombés dans les mailles de la justice internationale mais aucun procès n’est arrivé à terme.

Le cas le plus emblématique est celui de l’ancien président de l’ex-Yougoslavie, Slobodan Milosevic, qui a comparu devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie pour crimes contre l’humanité en 2002, mais qui a passé l’arme à gauche en 2006 avant la fin de son procès.

Il est donc clair que certains verront cette condamnation de Charles Taylor comme un acharnement contre les présidents africains. Ce, d’autant plus que l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, se trouve aussi dans les starting-blocks d’un procès.

La CPI ne condamne rien d’autre que des criminels

En fait, comme on le dit, il n’y a que le voleur et l’assassin qui ont peur de la justice. Si ceux qui pensent que la CPI pratique une justice à géométrie variable n’ont rien à se reprocher, qu’ils la laissent faire son travail. Car elle ne s’acharne que contre ceux qui ont commis des crimes.

C’est vrai que 50 ans de prison, c’est un véritable coup de massue pour l’ancien président Charles Taylor. Mais ce n’est que justice. Dans tous les cas, cette condamnation vient rappeler, si besoin en était encore, que l’ère de l’impunité est enfin révolue.

En tout cas, c’est un signal fort que la Justice internationale donne à tous ceux qui violent allègrement les droits de l’Homme. Certains auraient souhaité que les complices de Charles Taylor subissent le même sort que lui. Cela afin que la justice soit complète, pleine et entière.

Mais le fait que le principal accusé soit condamné à une peine exemplaire, constitue déjà une victoire pour les parents des victimes et une leçon pour les dictateurs réels ou supposés.

Et la manière la plus sûre d’échapper aux fourches caudines de la CPI et autres tribunaux internationaux, c’est de pratiquer de façon permanente la bonne gouvernance économique et politique et de savoir passer la main à temps, dans le respect absolu des Constitutions adoptées par les peuples.

Dabadi Zoumbara (Le Pays)

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Dabadi Zoumbara

Dabadi Zoumbara. Journaliste Burkinabé.

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