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Nigeria - Les étudiants de l'Université de Lagos font leur loi

Les étudiants de l’université de Lagos au Nigeria ne veulent pas que leur université change de nom.

Et pour faire valoir cette revendication, ils protestent depuis plusieurs jours. A tel point que l’administration a décidé de fermer l’université pendant deux semaines, note la BBC.

Le nom qui justifie la colère est celui du «martyr» nigérian, Moshood Abiola.

C’est le président Goodluck Jonathan qui a annoncé ce changement à la télévision publique le 29 mai pour marquer la 13ème édition de la journée démocratique nationale qui célèbre le retour de la démocratie au Nigeria.

Depuis cette date, les étudiants ne décolèrent pas. Non pas que le personnage de Moshood Abiola soit controversé: militant politique, il avait été arrêté et détenu par la dictature militaire. En 1993, il aurait remporté les élections présidentielles ensuite annulées par l’armée. Un symbole démocratique en somme.

Non, ce qui émeut les étudiants c’est de ne pas avoir été consulté une seule fois sur cette décision et de l’avoir appris le soir de l’annonce télévisée.

Selon le journaliste de la BBC présent sur place, «les étudiants ont l’impression que le changement de nom va affecter la réputation de l’université qui a été construite il y a cinq décennies —et ils voient cela comme une lâche initiative du président pour gagner des points politiquement».

Il faut dire que l’Université de Lagos, appelé affectueusement Unilag, est réputée dans tout le pays et même au-delà en Afrique de l’Ouest.

Depuis l’annonce, ils manifestent bruyamment dans les rues de la ville et autour du campus en scandant surtout des slogans contre le président Jonathan décrit le quotidien nigérian Punch.

«Jonathan est un menteur, il doit partir»

ou encore

«Nous détestons Jonathan» pouvait-on lire sur les banderoles et pancartes.

Les étudiants refusent de partir de l'université. Ils ont réussi à bloquer une partie de la ville  et souhaitent que les autres universités se joignent à leur cause.

Le gouvernement fédéral a, lui, du mal à comprendre cette réaction:

«Nous espérons que la raison l’emportera et que la décision d’honorer une icône et un héros de notre nation sera appréciée par tous les Nigérians, y compris les jeunes et les étudiants qui sont les futurs leaders de notre pays», a déclaré le ministre de l’Information, Labaran Maku.

Du côté de l’administration académique, personne n’avait pas eu vent de la décision —qui, on l’imagine, aura tout de même des répercussions pratiques ne serait-ce que pour adapter toute la paperasse universitaire.

Le porte-parole du syndicat du personnel académique de l’université, Segun Olugbile, insiste d’ailleurs sur ce point dans une interview accordée au journal nigérian, Punch :

«C’est le problème. Laissons la Commission Nationale des Universités, le fond de placement de l’éducation et le ministre fédéral de l’éducation dire au monde ce que cela couterait de rebaptiser la plus grande université d’Afrique et comment ce changement sera financé. Est-ce la priorité d’Unilag?», s'insurge-t-il.

La sortie de crise ne semble pas être pour tout de suite. Et les universitaires veulent en appeler à la justice: selon eux, le président Jonathan ne peut pas décider de renommer l’université arbitrairement puisqu’elle a été fondée par un acte du parlement. C’est avec le concours des élus du peuple qu’elle devra changer de nom.

Lu sur BBC, Punch

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