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Dépouillage électoral à la lampe-pétrole lors des présidentielles, Yaoundé, 9 octobre 2011, REUTERS/Akintunde Akinleye
Dépouillage électoral à la lampe-pétrole lors des présidentielles, Yaoundé, 9 octobre 2011, REUTERS/Akintunde Akinleye

Quand les Camerounais auront-ils enfin l’étincelle?

L'augmentation des tarifs de l’électricité, médiocrement fournie, laisse les camerounais sans réaction. Ils ont pourtant toutes les raisons de se révolter.Une attitude symptomatique de l'état actuel de la société camerounaise?

La hausse des tarifs d’électricité n’a fait l’objet d’aucunes discussions préalables. La compagnie d’électricité estime peut-être que son seul interlocuteur, c’est l’Etat, ce qui est très commode quand on sait l’absence d’Etat au Cameroun.

Depuis la privatisation du secteur énergétique, qui a été tout sauf une bonne affaire pour le peuple camerounais, la seule amélioration que l’on a notée c’est l’augmentation du budget alloué à la communication de cette entreprise. La communication ici est toujours une communication de crise

La mission n'a jamais été remplie

Son mandat principal qui est de fournir de l’électricité aux Camerounais n’a jamais été rempli. Régulièrement, au journal télévisé, entre la retransmission d’un don d’ordinateurs à tel lycée de la part de bienfaiteurs qui ne veulent surtout pas être anonymes et la lecture d’un télégramme du président de la république à son homologue d’Azerbaïdjan (Dieu, qu’est-ce qu’on en a à fiche!), les contribuables camerounais ont droit à une satanique comédie.

Des publireportages sur la compagnie d’électricité, qui reçoit des financements d’à gauche, d’à droite, du Ciel et même des poches des plus pauvres qu’elle précipite sous la terre. Qui reçoit des appuis tous azimuts et annonce un chronogramme de délestages, quartier par quartier.

La lutte contre la pauvreté au Cameroun a de bien curieux visages. Cette récente hausse est-elle liée à une subite inflation ou bien les gestionnaires de cette société entendent ainsi résorber les lacunes de leur gestion? Pourquoi n’a-t-elle pas été annoncée plus tôt, cette hausse?

Evidemment en tant qu’elle a une vocation commerciale, son rôle n’est pas de se soucier des moins nantis. L’Etat, s’il existe, est là pour ça, pour redistribuer la richesse par l’intermédiaire de sa fiscalité et pour faire payer à cette entreprise le juste prix du pétrole que l’Etat en question lui fait consommer «à prix sacrifié.» Mais, «faut pas pousser», le gouvernement en fait déjà assez nous a-t-on dit.

A quoi pourrait-on comparer les consommateurs camerounais?

«Au Cameroun, même le Camerounais doit se demander, pourquoi il n’y a pas coup d’Etat?», voilà en substance la pique que, à peine élu, le président guinéen Alpha Condé avait lancée à son homologue camerounais.

Venant d’une république qui a souvent réglé ses problèmes à coups de balles réelles, il n’y a là rien d’inattendu. Au sujet d’une république réputée en crise permanente, il n’y a là non plus rien de scandaleux.

Les Camerounais sont des démobilisés d’une aventure perdue, le principe de plaisir tient lieu de philosophie. La société de débrouillardise, avec des travailleurs misérables et des cadres précaires (débrouillards de luxe), est une société où l’on se satisfait du peu. 

Abanda est le gérant d’un grand cybercafé au cœur de Douala. Pourquoi répond-il, pourquoi s’indigner? Même ceux qui sont payés pour le faire ne font plus entendre leurs voix: «Le Cameroun, c’est le Cameroun; on va faire comment; un jour un jour…» (sentence célèbre, prononcée par l'ancien premier ministre Sadou Hayatou en 1991). On y croirait presque, seule la distance de leur lucidité rend les Camerounais à ce point circonspects.

Le «systême D» (comme délinquance)

Avant qu’il n’aille au bout de son argumentaire, surviendra un énième délestage, qui fera rendre l’âme à tout le matériel informatique du jeune commerçant. Lequel ne sera pas plus déterminé à s’offusquer: «C’est le Cameroun, on va alors faire comment? Je ne suis pas procédurier et la justice est corrompue.»

Si vous entendez une explosion dans une antichambre de son local, il criera avant d’y être arrivé au feu. Un court-circuit. Toute une machinerie de la fraude et du vol. Des fils en veux-tu en voilà. Des branchements de kamikaze. Se débrouiller au Cameroun, c’est vivre à la limite de la légalité, c’est donc ne pas pouvoir s’indigner trop fort parce qu’on est soi-même conscient des combines que l’on fait pour joindre les deux bouts.

Le président Biya peut ponctionner comme il voudra les salaires des fonctionnaires, personne ne s’en indignera, personne si ce n’est des journalistes naïfs ou des politiciens opportunistes. Il y a longtemps que chacun se débrouille, de la base au sommet de l’Etat.

La vraie révolution surviendra finalement quand on aura décidé de lutter contre ces privilèges généraux (lire illégaux) que la plupart des Camerounais s’octroient généralement. Quand la lutte contre la corruption commencera réellement, alors là l’on entendra de toutes parts des indignations s’élever contre l’immoralité publique.

L’énergie dépensée à pester en privé contre le réalisme dynamique de ce renard aux dents longues, AES-Sonel (Société nationale délectricité, privatisée) npour ne pas le citer, reste abordable, et renouvelable à souhait. Qui peut stopper l’investisseur américain? Qui peut le faire reculer? Les Camerounais? Même pas peur! Insultez-les, manquez de respect à leurs femmes, mettez leurs enfants au chômage, ils ne feront rien. C’est Paul Biya et AES-Sonel, qui doivent se demander que diantre faut-il faire à ce peuple pour qu’il se fâche pour de bon?

La hausse annoncée aura bien lieu, mieux elle est effective dès maintenant. Pour avoir la banane, AES Sonel a décidé de mettre les Camerounais au régime!

Eric Essono Tsimi

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Eric Essono Tsimi

Eric Essono Tsimi est un dramaturge camerounais. Il est l'auteur de l'ouvrage Le jeu de la Vengeance (éd.Sopecam, 2004), et publie régulièrement des tribunes dans les quotidiens Mutations et Le Messager au Cameroun.

Ses derniers articles: Opération Serval: une néocolonisation choisie  Centrafrique: Biya snobe Bozizé  Depardieu, au Cameroun, les riches sont des dieux! 

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