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La coalition au pouvoir en Côte d'Ivoire éclate

Après plusieurs mois de tensions croissantes, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) a mis fin à son alliance avec le parti du président Alassane Ouattara, faisant éclater la coalition au pouvoir depuis 2010.

Cette rupture marque une recomposition du paysage politique ivoirien, déjà en pleine effervescence avec l'amnistie et la libération mercredi de Simone Gbagbo et des principaux responsables du Front populaire ivoirien (FPI, opposition), le troisième grand parti du pays. 

D'ailleurs, certains analystes estiment que, sachant que le PDCI allait faire éclater la coalition au pouvoir, Ouattara a libéré Simone Gbagbo dans le but d'accentuer la division au sein de l'opposition dans la perspective des élections à venir.

C'est par un communiqué signé du président du PDCI Henri Konan Bédié, que la rupture a été officialisée, à deux mois des élections locales, et à deux ans de la présidentielle. Ce communiqué a été diffusé jeudi matin, après une rencontre mercredi soir entre MM. Bédié et Ouattara.

Le PDCI "se retire du processus de mise en place d'un Parti unifié dénommé RHDP" (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix) et "présentera des candidats pour les élections municipales et régionales sous (sa) bannière", selon son communiqué.

Le parti unifié RHDP, créé par le président Ouattara à la mi-juillet, visait à unir sa propre formation, le Rassemblement des Républicains (RDR) et le PDCI, qui aurait été quasi-imbattable aux prochaines élections.

Mais c'est finalement ce projet d'union qui aura provoqué la rupture de la coalition électorale formée par Le PDCI et le RDR depuis 2005, qui avait permis l'élection de Ouattara à la présidence en 2010 puis sa réélection en 2015.

Pour rejoindre le RHDP, le PDCI exigeait un retour d'ascenseur : que le parti unifié présente un candidat unique issu des rangs du PDCI à la prochaine présidentielle. 

- nouvelle alliance envisagée -

Exigence refusée par Alassane Ouattara, qui a en retour multiplié les pressions sur le PDCI, maniant carotte et bâton.

Une dizaine de hauts cadres et d'élus du PDCI qui se sont déclarés publiquement favorables au RHDP ont été récompensés par des portefeuilles de ministre dans le nouveau gouvernement formé début juillet, tandis que les réfractaires ont subi des mesures de rétorsion. Dernier exemple en date : la révocation pour malversations par le gouvernement du maire de la commune lucrative du Plateau, quartier des affaires du Abidjan, Noël Akossi Bendjo, un cacique du PDCI et proche de Bédié.

"Le RDR, en créant le parti unifié dit RHDP a de facto rompu l'alliance", a commenté pour l'AFP N'Goran Djédri, directeur de l'administration et du personnel du PDCI. "On ne se sent plus désormais concernés par les activités de l'alliance RHDP".

Selon un responsable du PDCI s'exprimant sous couvert d'anonymat, Henri Konan Bédié va maintenant "recevoir individuellement les ministres et présidents d'institution" encartés au PDCI "afin que chacun se détermine sur son appartenance ou non au RHDP". 

Plusieurs responsables du PDCI ont déjà été exclus fin juillet , dont le ministre des Ressources animales et halieutiques Kobenan Kouassi Adjoumani, qui avait lancé une fronde au sein du parti en créant un courant pro-RHDP quelques semaines plus tôt.

Conséquence de cette rupture, le PDCI envisage une nouvelle alliance électorale.     

Le parti "se réserve le droit de promouvoir une plate-forme de collaboration avec les Ivoiriens qui partagent sa vision d'une Côte réconciliée et soucieuse des droits, des libertés et du bien-être de ses populations", selon son communiqué.

Les élections municipales et régionales sont prévues le 13 octobre, la présidentielle en 2020.

Le PDCI a annoncé par ailleurs que la Commission électorale indépendante, dont la composition fait polémique depuis plusieurs années, serait réformée avant les élections locales. 

Le "Président de la République a marqué son accord pour une réforme de la Commission électorale indépendante (CEI) avant la tenue des prochaines élections", selon le communiqué.

Alassane Ouattara l'avait déjà annoncé dans son allocution télévisée à la Nation le 6 août, mais sans préciser si ce serait avant les élections locales. 

L'opposition et la société civile jugeaient la CEI déséquilibrée en faveur du pouvoir. Un avis partagé par la Cour africaine des Droits de l'Homme, qui exigeait sa réforme dans un jugement rendu en 2016.

Le FPI boycottait jusqu'à présent les élections, estimant qu'elles n'étaient pas "crédibles" puisqu'organisées par cette commission électorale favorable au pouvoir.

Mercredi, Assoa Adou, un ancien ministre FPI libéré avec Simone Gbagbo, a évoqué un retour et anticipé une "première victoire" de son parti aux élections d'octobre.

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