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Tunisie - Le président Marzouki veut mettre la Suisse à l'amende

« Nous voulons que l’argent revienne le plus tôt possible», a exigé le président tunisien Moncef Marzouki au sujet de la restitution des avoirs de Ben Ali placés en Suisse.

«Si on nous le rend dans 50 ans comme avec l’argent des Juifs, cela n’a aucun intérêt.»

Le président tunisien réclame aux autorités suisses les 60 millions de francs suisses, soit environ 50 millions d'euros, de l'ancien président Ben Ali en exil qui tardent à être rendus depuis leur gel en janvier 2011.

La procédure de restitution des fonds lui apparait bien trop lente au vu de l’urgence de la situation économique de son pays.

En plus de la lenteur, le président Marzouki s'étonne du montant qu’il estime «dérisoire». Une grande partie des avoirs du président déchu dormirait encore dans les banques suisses.

«Aujourd'hui, j’estime que nous parlons seulement de 10% des avoirs qui ont été déposés dans les banques suisses», considère-t-il dans un entretien accordé à la RTS.

Le président a insisté sur la nécessité d’accélérer la procédure de restitution des fonds.

«Vous n'avez pas idée de l'urgence dans laquelle on vit. Aujourd'hui nous avons 800.000 chômeurs en Tunisie. Des régions sont prêtes à exploser car les gens ne supportent plus la misère», a-t-il souligné avec inquiétude 

En réponse, le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) a assuré que la Suisse était «déterminée à rendre le plus rapidement possible ces avoirs».

Il lui reste cependant à déterminer les véritables propriétaires des fonds.

Le retour des fonds volés fera l’objet d’une rencontre entre le président tunisien et le Conseil fédéral suisse. Marzouki profitera «probablement» de son passage à Genève lors du sommet de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui débute le 30 mai pour évoquer ce sujet avec les autorités fédérales.

L’épineuse question de la présence des 3.000 migrants tunisiens sur le territoire suisse sera au cœur de l’entretien d’après les propos du président tunisien. Depuis mars 2012, un accord de coopération entre les deux pays organise le renvoi des migrants dont le séjour est refusé en Suisse.

Pourtant, le président tunisien a adressé plusieurs mises en garde aux autorités suisses dans son entretien à la RTS. Il a averti que «si les Suisses veulent se débarrasser de ces importuns de façon brutale, ce sera très mal vécu» en Tunisie et qu’une éventuelle «contradiction» de la part de la Confédération Helvétique entre la lenteur de la restitution des fonds et le rejet des migrants serait vivement regrettable.

«Personne ne peut accepter que l’on chasse 3.000 pauvres qui ont quitté la Tunisie parce qu'ils n’arrivaient pas à y vivre et que l'argent qui pourrait les faire vivre est dans les banques suisses», a-t-il précisé.

«J'espère que nos amis suisses vont prendre en compte cette contradiction.»

Lu sur RTSJeune Afrique

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