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Ouvrier sur le chantier de construction du troisième pont d'Abidjan,18 mai 2012, REUTERS/Thierry Gouegnon
Ouvrier sur le chantier de construction du troisième pont d'Abidjan,18 mai 2012, REUTERS/Thierry Gouegnon

Il faut soutenir la croissance africaine

Qu’est-ce qui explique la résilience de l’Afrique subsaharienne face à la faiblesse de l’économie mondiale? Cette solide croissance est-elle appelée à se maintenir?

L’économie mondiale a connu de nombreux bouleversements depuis le début de la crise financière mondiale en 2008. Dans de nombreuses économies avancées, la croissance reste poussive et les taux de chômage ont considérablement augmenté.

Quant aux économies émergentes, elles se sont taillé la part du lion de la croissance mondiale depuis la Grande récession de 2009 tout en demeurant très dépendantes de la conjoncture dans les économies avancées.

Pour sa part et contrairement aux précédents retournements de l’économie mondiale, l’Afrique subsaharienne s’est montrée cette fois-ci très résiliente, avec un recul plus modéré de la croissance doublé d’une reprise plus rapide.

La raison d’une résilience africaine à la crise

Les performances et les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne se sont radicalement transformées depuis le milieu des années 90. En effet, alors que la région avait enregistré une croissance négative entre 1980 et 1995, son PIB par habitant croît en moyenne de près de 3 % depuis 1995.

Qui plus est, cette transformation a été particulièrement marquée dans les 26 économies fragiles et à faible revenu de la région, où la croissance a été plus vigoureuse et l’atténuation de la pauvreté plus rapide. Bien que les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) soient encore hors de portée pour certains pays, la plupart ont réalisé de remarquables avancées.

Plusieurs facteurs sont à l’origine de ce retournement. Sur le front politique, la vague de démocratisation s’est accompagnée de meilleures politiques économiques qui ont conduit à une plus grande ouverture des économies au marché, un recul de l’inflation et une discipline budgétaire accrue. Alliée au considérable allègement de la dette consenti à la plupart des pays africains, cette évolution a également permis de nettement réduire le fardeau de la dette.

Résultat: l’Afrique a bien résisté à l’impact de la Grande Récession en 2008-2009. Les prix élevés des matières premières et les moindres articulations avec le secteur financier n’y sont certainement pas étrangers mais la raison première de la résilience de l’Afrique est que les dirigeants politiques africains ont pu compter sur les marges de manœuvre constituées depuis 1995 et assouplir les politiques monétaires et budgétaires pour soutenir l’activité économique au lieu de devoir réduire les dépenses en raison de strictes contraintes d’emprunts comme cela avait été le cas lors des précédents retournements.

D’autre part, la réorientation des flux commerciaux et d’investissement a aussi réduit la dépendance de l’Afrique à l’égard des économies partenaires traditionnelles et l’a amenée à compter davantage sur les économies émergentes, moins touchées par la crise.

Si les bons choix sont faits, la croissance devrait se maintenir

En 2012, la croissance économique en Afrique subsaharienne pourrait atteindre 5,5%, soit un peu plus qu’en 2011, à la faveur d’augmentations ponctuelles de la production de ressources naturelles et du redressement de l’Afrique de l’Ouest après la sécheresse. Au-delà de 2012, tout permet de penser que la croissance peut se maintenir à ce rythme.

Mais il y a des risques. L’économie mondiale reste exceptionnellement vulnérable, un regain de difficultés de la zone euro pouvant étouffer la reprise mondiale déjà hésitante et, entre autres, déprimer les prix des matières premières.

Cela étant, la croissance mondiale souffrirait tout autant d’une nouvelle escalade des cours du pétrole due aux tensions politiques croissantes. Et il y aurait inévitablement des conséquences néfastes pour l’Afrique subsaharienne si l’un ou l’autre de ces chocs devait se matérialiser.

Les pays d’Afrique peuvent prendre des mesures pour atténuer l’impact de ces risques. De nombreux pays si ce n’est la majorité d’entre eux ont encore un espace budgétaire pour maintenir les projets de dépenses publiques en cours même si les recettes sont amputées par un ralentissement de la croissance.

Des mesures budgétaires exceptionnelles –comme des aides financières directes aux familles pauvres ou l’assistance aux enfants scolarisés– pourraient atténuer l’impact d’une brutale hausse des prix des combustibles sur les plus vulnérables.

Les politiques monétaires et de change peuvent être elles aussi favorables dans des pays jouissant d’une autonomie monétaire –même si dans certains pays, les banques centrales devront rester centrées sur la maîtrise de l’inflation. Et le Fonds Monétaire International (FMI) serait là pour aider financièrement les pays membres qui connaissent de graves difficultés, comme il l’a fait en 2008-2009.

Dans l’intervalle, avant toute tempête, il est important que les pays où la croissance est encore vigoureuse saisissent toutes les opportunités pour conforter dès maintenant leur marge de manœuvre par des politiques budgétaires prudentes.

A plus long terme...

Enfin et surtout, quid de l’avenir à plus long terme? Comment l’Afrique subsaharienne maintient-elle ou améliore-t-elle ses bonnes performances économiques? D’abord en gardant le cap, en maintenant des politiques économiques prudentes et en améliorant encore le climat des affaires.

Il faut aussi élargir l’assiette des recettes et moderniser la gestion des finances publiques pour pouvoir financer les dépenses essentielles –notamment les infrastructures et les services publics.

Un objectif primordial est d’accroître la quantité et la qualité des investissements publics et de se préparer à réduire la dépendance à l’aide, qui demeure forte. Il est également vital de ne pas perdre de vue les jeunes et la croissance incluante.

Car une meilleure éducation, une bonne santé et des perspectives d’emploi réalistes sont à long terme les seules bases sûres d’une prospérité durable.

Roger Nord, Directeur adjoint du département africain du FMI

En tant que directeur adjoint du Département Afrique du FMI, Roger Nord supervise les relations du FMI avec l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est. Il a travaillé pour cette institution en Tanzanie, en Ouganda et au Gabon notamment. Plus tôt dans sa carrière, il a occupé les postes de représentant régional du FMI en Europe centrale et de conseiller du Directeur général, Horst Köhler. Il est l'auteur principal de l’ouvrage «Tanzanie: Histoire d'une transition en Afrique» (2009).  Il est titulaire d’un diplôme en économie de l'Université de St. Gallen en Suisse, et un MBA de l'Université de Chicago.

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Roger Nord

Roger Nord. Directeur adjoint du département africain du FMI.

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