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Pourquoi la Belgique renvoie ses détenus marocains en prison dans leur pays

C'est un retour forcé au pays et en prison.

Des Marocains détenus en Belgique retournent purger leur peine dans leur pays d'origine. Un traité signé en 2007 par les deux royaumes le permet.

Le 28 mai, cinq prisonniers ont fait les frais de cette disposition, révèle le site d'information marocain Yabidali.net et le quotidien marocain Libération.

Mais ce ne fut pas une mince affaire que de choisir les candidats à un tel transfert.

Les conditions à remplir étaient drastiques, explique Jean-Luc Bodson, ambassadeur de Belgique au Maroc, dans une interview accordée le 9 mai:

«Il faut [que les détenus] soient illégaux en Belgique et qu’ils aient une peine d’une certaine longueur, au moins trois ans, car avec une peine de 6 mois ou d’un an, le temps de mener la procédure à terme, ils seront déjà sortis. Ils ne doivent avoir aucune attache, de la famille, un conjoint, une compagne, en Belgique.»

Sur les dix dossiers soumis au Maroc, seulement six ont été retenus par Rabat.

«Il s'agit de criminalité grave. Ces hommes ont épuisé leurs possibilités d'appels de leurs condamnations et ils n'ont aucun lien avec notre pays», a commenté pour sa part la ministre belge en charge de la Justice en 2007, Laurette Onkelinx, citée par LeVif.be.

Au total, la somme des peines cumulées des cinq détenus transférés le 28 mai s'élève à 36 ans et six mois de prison ferme.

Mais plusieurs voix s'élèvent contre cet accord, que certains dénoncent comme une manoeuvre de la Belgique:

«Ces premiers rapatriements de condamnés relèvent d'une politique globale mise en œuvre par la Belgique afin de répondre à la problématique de la surpopulation carcérale dans le royaume belge. Une pratique qui s'avère également être, à terme, une stratégie indirecte de réduction de l’immigration», commente ainsi Yabidali.

Or la surpopulation carcérale est également un problème au Maroc. Et Libération de renchérir:

«Les protestataires se demandent même si [la Belgique] n’est pas arrivée à l’ère de l’exportation des "indésirables" et s’il n’est pas rationnel de permettre à un condamné de purger sa peine dans le pays où il a commis son forfait.»

Il faut en effet croire que s'ils avaient eu le choix, les détenus seraient restés en Belgique:

«La Belgique a signé en 1997 un protocole avec le Maroc rendant possible le retour de prisonniers marocains. Les détenus donnant leur accord à une telle mesure étant peu nombreux, la ministre en charge de la Justice en 2007, Laurette Onkelinx, avait conclu un protocole annexe rendant possible le retour forcé», rappelle le site d'information belge RTL.be.

Lu sur Yabidali.net, Libération, RTL.be et LeVif.be

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