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Maroc - La «chasse aux Sénégalais» est ouverte

Les Sénégalais vivant au Maroc, déjà victimes de discriminations et du racisme au quotidien, doivent en plus faire face aux brutalités de la police.

«De vives tensions ont éclaté ces dernières semaines à Casablanca entre forces de l’ordre et étrangers subsahariens suite aux fréquents contrôles des titres de séjour de ces derniers. Au cours d’exécutions d’un arrêté du wali de la ville autorisant depuis quelques semaines l’expulsion d’étrangers en situation irrégulière, de nombreux ressortissants sénégalais notamment ont été arrêtés et brutalisés par les policiers marocains», rapporte Yabiladi.

Le site s’appuie sur l’enquête et les témoignages recueillis par le journal sénégalais le Quotidien.

«Leur quotidien est maintenant fait d’arrestations tous azimuts, d’agressions et autres brutalités de la part des policiers marocains. C’est donc une chasse aux Sénégalais, surtout dans les quartiers de Casablanca, notamment au marché de Médina où officient beaucoup de nos compatriotes.»

Selon Babacar Diop, l’un des témoins interrogés, les rafles ne concernaient au début que les vendeurs à la sauvette. Désormais, à l'en croire, les policiers ne procèdent plus à la vérification des papiers, ils embarquent d'abord les gens jusqu’au commissariat pour ensuite faire les contrôles.  

«On ne distingue même plus les étudiants des autres. On rafle tout le monde. Il y a un sentiment de révolte qui commence à couver au sein de la communauté sénégalaise et la situation peut dégénérer, surtout avec les cas de maltraitance dont sont victimes les personnes arrêtées», soutient Abba, un jeune Sénégalais résidant à Casablanca.

Parcours du combattant

Le consul du Sénégal à Casablanca a bien rencontré ses compatriotes mais, désemparé et soucieux de préserver des relations cordiales avec le royaume chérifien, il s'est contenté de les exhorter à régulariser leur séjour et à se conformer à la réglementation en vigueur dans le Royaume -qui impose de régler sa situation dans les trois mois qui suivent l’arrivée sur le territoire.

Sauf que l’obtention des titres de séjour relève du casse-tête administratif.  

«Il nous est difficile d’obtenir la carte de séjour au vu des papiers requis et constamment renouvelés par les Marocains sans que nous ne soyons au courant. Nous effectuons ainsi des va-et-vient incessants à la préfecture de police pour finir par corrompre à coups de quelques dirhams les fonctionnaires. Si l’opération échoue, possibilité est également donnée de se procurer de faux documents que la police accepte sans broncher», a indiqué à Yabiladi une jeune femme exerçant dans un centre d’appel.

Autre technique insidieuse utilisée par la police marocaine:

«Les Marocains ne procèdent pas, dit-on, à la reconduction aux frontières, mais confisquent le passeport de celui qu’ils ont arrêté dans cette situation pour lui demander de revenir avec un billet d’avion qu’ils utilisent pour le renvoyer chez lui», raconte Le Quotidien.

Lu sur Le Quotidien, Yabiladi

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