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Tunisie - La justice a-t-elle les mains sales?

Il y a un profond malaise dans la justice tunisienne post-Ben Ali.

Répondant à une grogne de plus en plus importante de la société civile, le ministère de la Justice a pris les choses en main: il a décidé de révoquer des magistrats dont les liens étaient peu clairs avec l'ancien régime de Zine El Abidine Ben Ali -contre qui le parquet a requis la peine de mort-.

Le 27 mai, le ministère de la Justice tunisien confirmait la révocation, décidée la veille, de 81 magistrats soupçonnés d'avoir trempé dans des affaires de corruption, révèlent plusieurs médias en ligne tunisiens.

Cependant, le même jour, se tenait une assemblée générale extraordinaire de l'Association des magistrats tunisiens (AMT). Ces derniers ont compris cette décision comme une ingérence déplacée du gouvernement dans l'indépendance de la justice.

En effet, comme le rappelle Webdo:

«La révocation est une sanction disciplinaire applicable par le conseil et [...] il est prévu que le conseil de discipline est seul compétent pour prendre connaissance de la discipline des magistrats. Le ministère n’est donc pas l’autorité habilitée à se prononcer sur les cas disciplinaires.»

Aussi, l'AMT, par la voix de sa présidente, Kalthoum Kennou, s'est pressée de réclamer l'élection, dans les plus brefs délais, d'une «instance indépendante de la magistrature», rapporte pour sa part Business News.

«Il faut être pratique et faire des propositions claires à l’Assemblée nationale constituante, tout en insistant sur le fait que notre projet devrait être examiné par l’instance législative.»

C'est une «manoeuvre éminemment politique», a-t-elle encore déclaré en ouverture de l'assemblée de l'AMT, apprend-on du site d'information Babnet.net:

«Il s'agit d'une tentative visant à détourner l'attention sur les revendications des magistrats, tout particulièrement, la création d'une instance provisoire indépendante de la magistrature.»

Cité par Business News, le président de l’Observatoire de l’indépendance de la justice, Ahmed Rahmouni a tenté d'arrondir les angles.

Il salue en effet la reconnaissance de la corruption comme un problème majeur par le gouvernement, tout en condamnant la méthode:

«Sur le fond, chaque juge révoqué devrait être écouté concernant les dépassements qu’on lui reproche», a-t-il déclaré,

Mais une chose est clair selon lui: 

«ce n’est pas au ministre de la Justice de prendre cette décision.»

Lu sur Webdo, Business News et Babnet.net

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