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Zimbabwe: Bulawayo, bastion résigné de l'opposition

Malgré les accusations de fraude et la colère dans la capitale, Bulawayo, deuxième ville du Zimbabwe, bastion de l'opposition ébranlée par la crise économique, a accueilli avec résignation l'annonce de la victoire du parti au pouvoir depuis 38 ans.  

"Comme la dernière fois", soupire Tendai, un barman en découvrant les résultats diffusés à la télévision qui donnent le président sortant Emmerson Mnangagwa, vainqueur dès le premier tour avec 50,8% des voix. 

En 2013, des accusations de fraude avaient aussi émaillé la dernière élection victorieuse de Robert Mugabe, qui a dirigé le pays d'une main de fer avant d'être renversé par un coup d'Etat, favorable à son ancien parti. 

A Bulawayo, le leader de l'opposition Nelson Chamisa a écrasé le président sortant, obtenant 145.000 voix contre 60.000 à son rival. Pas assez pour renverser la tendance nationale...

A Harare, l'annonce de la victoire du président sortant a été suivie de manifestations qui se sont soldées par 6 morts mais "à Bulawayo, il n'y a pas eu de manifestations parce que les gens ici sont plus réservés. Ils se lèvent et vont au travail", estime Tanako, un portier d'hotel.

- usine transformée en église -

"En fait, on a même eu peur d'une violence similaire à Harare. Beaucoup d'endroits ont fermé", affirme Jonah, un chauffeur, qui souligne que des écoles et des magasins avaient préféré garder leurs portes closes, prévoyant des troubles. 

La ville garde aussi certainement en mémoire les années de répression sous le régime de Mugabe et notamment les massacres "Gukurahundi" --tueries de populations de l'ethnie Ndébélés, majoritaires dans la région, par l'armée dans les années 1980. Mnangagwa a été accusé d'avoir participé à ces atrocités.  

Jadis le coeur industriel du pays, Bulawayo a décliné à cette époque comme en témoigne une grande usine en briques qui sert aujourd'hui d'église..

La grave crise des années 1980 avec la réforme agraire, l'hyperinflation, les lois favorisant les locaux et la corruption ont fait fuir les investisseurs. Et aujourd'hui, les habitants semblent plus inquiets de la situation économique que de la politique.  

"Les zones industrielles sont fermées. C'était une zone dynamique mais maintenant on a l'impression que cela a été déserté. Je ne se pas si ça va s'améliorer. On a des doutes",poursuit Jona.

Lovemore, une employée de l'atelier de chaussures qui ne produit qu'une dizaine de paires par jour dans une salle sombre, où trônent des lanières de cuirs et des chaussures incomplètes, espère encore en de jours meilleurs: "Avec des investissent, on pourrait passer à 600 par jour". 

Devant le Palais de justice, sous des parapluies colorés, trois femmes font du marché noir de billets échangeant les  "dollars zimbabwéens" contre les vrais billets verts à 35% de leur valeur officielle.

Plus loin, sur la rue Herbert Chitepo, un partisan du président, arbore toute de même fièrement un T-shirt à son effigie. Même s'il n'y a pas eu de manifestations, le président Emmerson Mnangagwa, qui ne cesse de répéter que son pays jadis boycotté par les Occidentaux est "ouvert au business", a du travail pour séduire Bulawayo.

AFP

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