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Nigeria: les remparts de Kano, un héritage historique menacé

Tandis que des gamins escaladent un tas de ruines, vestige des remparts de l'ancienne cité-Etat de Kano, dans le nord du Nigeria, un riverain avertit: "ce mur risque de ne pas survivre à la saison des pluies".

"Il va bientôt rejoindre les autres", poursuit Falalu Musa en pointant du doigt les monticules de terre rouge au sol, dans le prolongement du rempart, qui s'étirait autrefois sur 14 km autour de la ville commerçante.

Un peu plus loin, des bulldozers arrachent ce qui reste des fortifications pour extraire de la latérite, riche en fer et en aluminium, qui sera chargée sur des ânes et utilisée dans la construction. 

Des maisons et bâtiments commerciaux s'élèvent désormais à la place de l'ancien mur. Certaines sections sont devenues des dépotoirs à ciel ouvert, où les habitants viennent déverser ordures et eaux usées.

Les restes de ces remparts qui datent du 11e siècle sont plus que jamais menacés de destruction, en raison de politiques locales peu soucieuses de la préservation du patrimoine et de l'explosion démographique dans cette mégalopole saturée.

"Environ 80% du mur entourant la cité a déjà été détruit", regrette Mustapha Bachaka, conservateur du musée Gidan Makama à Kano. "Il y a beaucoup d'empiètements", alors que l'urbanisation s'étend désormais bien au-delà de ses anciennes limites.

- Guerres de conquête -

Héritage unique, ces murs en terre rouge ont jadis contribué à faire de Kano une cité-Etat sûre et prospère, à la croisée de plusieurs routes caravanières transsahariennes.

Les archives locales rapportent qu'à l'origine, les murs, d'une épaisseur de 12 mètres à la base, mesuraient 15 mètres de haut, surmontés d'un large chemin de ronde pour surveiller les alentours.

Pour dissuader les envahisseurs éventuels, de profondes tranchées ont été creusées autour des remparts, dont l'accès était contrôlé par 13 grandes portes.

"Ce fut un magnifique travail d'ingénierie militaire, qui a captivé les Britanniques lorsqu'ils ont conquis Kano en 1903", raconte un responsable de la Commission nationale des musées et des monuments, Aliyu Abdu. 

Malgré une culture, une langue et des traditions communes, les rivalités et les guerres de conquête n'ont cessé d'opposer les Etats haoussa précoloniaux, qui s'étendent sur une grande partie du nord du Nigeria actuel. 

"Les guerres pour l'expansion territoriale étaient partout en terre haoussa et les remparts protégeaient la ville contre les invasions", affirme Mustapha Bachaka. "Sans ces murs, il n'y aurait plus de Kano."

L'Etat de Kano, qui accueille aujourd'hui quelque 13 millions d'habitants, s'est développé à travers les siècles pour devenir un important centre de recherche islamique, d'industrie et de commerce. 

- "Latrines" -

Les défenseurs de cet héritage historique accusent le gouvernement local de Kano d'être le "principal coupable" de sa dégradation actuelle.

"Le gouvernement distribue les terres jouxtant les murs de la ville à ses partisans en échange de leur soutien politique" et laisse les vandales utiliser les vestiges en toute impunité, dénonce Aliyu Abdu. Contactées par l'AFP, les autorités n'ont pas souhaité réagir.

En 2007, la Commission nationale des musées et des monuments, chargée de préserver le palais de l'émir de Kano, un des chefs spirituels les plus respectés du nord musulman du Nigeria, avait demandé le classement au patrimoine mondial de l'Unesco des remparts, du palais et d'autres sites historiques de la ville.

Mais 10 ans plus tard, la demande n'a toujours pas abouti et les historiens craignent que les dommages incessants sur les fortifications ne compromettent encore davantage une éventuelle reconnaissance par l'Unesco.

"L'ironie, c'est que pendant que nous nous efforcions de placer les murs de Kano sur la carte du patrimoine mondial, les gens les ont transformés en latrines", s'agace M. Bachaka. 

Faute d'argent, très peu d'initiatives ont pu être menées localement pour restaurer les vieux remparts. Seule une petite portion a fait l'objet de travaux ces dernières années grâce à une subvention d'environ 60.000 euros de la coopération allemande.

En attendant, le musée de Kano a mis en place une équipe de surveillance pour patrouiller le long des murs restants. 

"C'est tout ce que nous pouvons faire pour l'instant", regrette Aliyu Abdu, qui reste optimiste malgré tout. "Il y a des défis, mais nous n'avons pas perdu la bataille."

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