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Des militants des Frères musulmans pendant le meeting de Mohammed Morsi, dimanche 20 mai au Caire. Nadéra Bouazza©
Des militants des Frères musulmans pendant le meeting de Mohammed Morsi, dimanche 20 mai au Caire. Nadéra Bouazza©

Egypte: Vers un président Frères musulmans?

Les Frères ont le parlement, pourquoi pas la présidence? C’est en tout cas le souhait de milliers d’Egyptiens venus applaudir Mohammed Morsi, le candidat des Frères musulmans et du parti de la Justice et de la Liberté au Caire dimanche 20 mai.

Mise à jour du 24 juin: Le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi se hisse à la tête de l’Egypte. Il succède à Hosni Moubarak avec 13 230 131 voix contre 12 347 380 pour son adversaire Ahmed Chafiq.

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A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, prévu les 23 et 24 mai, le candidat bis de la confrérie a choisi le Caire pour donner son dernier meeting de campagne, retransmis sur un écran géant.

Une énième démonstration de force pour Mohammed Morsi, ancien porte-parole de la confrérie, qui a participé activement à l’ancrage des Frères musulmans dans la société égyptienne.

Pour cette dernière soirée, l’enthousiasme est au rendez-vous.

Aux étendards verts du parti répondent les oriflammes égyptiennes. Des vendeurs ambulants sont postés à l’entrée de l’esplanade avec des kits du parfait militant: tee-shirt à l’effigie du candidat, affiches et drapeaux.

Caméra et projecteurs balaient le ciel, quand les clapotis des feux d’artifice annoncent l’arrivée triomphale de Mohammed Morsi devant une assistance galvanisée.

«Tout le peuple égyptien demande Morsi. Si Dieu est grand, il va gagner », exulte Manal.

Racha, elle, ne lâche pas les tracts «du candidat de ses rêves» qu’elle tient dans sa main droite. Dans celle de gauche, un mini drapeau de l’Egypte qu’elle brandit pour abonder dans le sens  des différents intervenants de la soirée. Vêtue d’un foulard léopard, assorti aux teintes beiges de sa jupe longue, Racha soutient pleinement le candidat des Frères musulmans.

«Bien évidemment je vote pour Mohammed Morsi! Il est le seul à pouvoir garantir l’unité en Egypte. Tous les Egyptiens, une seule main», dit-elle en s’agrippant au bras de Samia, une amie de longue date.

«La renaissance égyptienne, c'est maintenant»

Pour elles, les Frères n’ont pas eu la liberté d’agir dans le passé, même dans l’actuel parlement, dominé par les islamistes et soumis à la pression du Conseil suprême des forces armées.

«Je ne suis pas contre le pluralisme au Parlement. Il faut de tout, des communistes, des femmes, des hommes, des libéraux. Mais il nous faut un président islamiste comme en Turquie.»

«Inch Allah, il va gagner», clame Racha, en levant ses deux paumes vers le ciel.


Racha et Samia, deux militantes pro-Mohammed Morsi, dimanche 20 mai au Caire. Nadera Bouazza©

Non loin de là, Islam Ansari attend de faire son entrée sur scène. Look branché, lunettes carrées rouges et cheveux gominés, il s’apprête à chanter à la gloire de la confrérie.

 «Morsi est le meilleur candidat pour tenir l’Egypte dans les prochaines années. Il changera beaucoup de choses dans le pays, tant sur le plan culturel que politique», confie Ansari avant de rejoindre la scène, où siègent le candidat en lice et de grands prédicateurs salafistes.

Devant eux se tient une foule déjà conquise qui brasse toutes les franges de la société.

«La renaissance égyptienne, c’est maintenant», jubile Samia.

Sur un tapis de prière, près de l’estrade, de jeunes Frères musulmans prennent des photos de l’évènement avec leur IPad et les postent immédiatement sur leurs comptes Facebook, quand d’autres suivent le prêche d’un prédicateur en levant les deux mains vers le ciel.

Toutes les mises en scènes sont bonnes pour montrer l’unité autour du candidat islamiste. Une dizaine d’enfants montent sur scène. Chacun représente un corps de métier et un gouvernorat. Le médecin, l’étudiant d’Al-Azhar, le soldat, l’institutrice, le serveur, tous sont là pour rappeler que le candidat s’adresse à l’ensemble des Egyptiens.

Morsi, le candidat par défaut

Pourtant, selon de nombreux médias égyptiens, Morsi, appelé «la roue de secours du parti » par ses adversaires, ne fait pas partie des favoris de cette élection présidentielle, contrairement à l’islamiste Abdel Moneim Aboul Fotouh, un ancien membre des Frères musulmans, et à Amr Moussa, ancien Ministre des Affaires Etrangères d’Hosni Moubarak et président de la Ligue arabe.

Les sondages d’opinion sont certes une science nouvelle en Egypte, mais il n’en reste pas moins que la plupart d’entre eux s’accordent sur ces deux challengers. 

Porte-parole des Frères musulmans entre 2000 et 2005 et ingénieur de formation, Mohammed Morsi n’est pas le premier cheval sur lequel la confrérie a misé lorsqu’elle a annoncé qu’elle reviendrait sur sa parole de ne pas présenter de candidat.

Le favori, c’était le charismatique Khairat-al Shater, prisonnier politique sous Moubarak et éminence grise de la confrérie, dont la candidature a été rejetée par la commission électorale.

Medsat Raafat, un membre actif des Frères musulmans, interprète néanmoins ces sondages comme la preuve que les médias égyptiens marchent encore au pas.

«Je regarde la télévision et on me dit que tel ou tel quartier plébiscite Ahmed Chafik, le dernier Premier ministre d’Hosni Moubarak. Il bénéficie de l’appui des les médias car l’armée soutient sa candidature. Seule la chaîne 25TV plaide pour Mohammed Morsi alors que nous sommes des milliers à le soutenir», s’insurge-t-il.

Les Frères musulmans veulent-ils tous les pouvoirs?

Pendant le meeting, un dépliant conçu par la confrérie circule. Son titre? Le film des neuf mensonges.

Son but: démonter les arguments des adversaires en s’appuyant sur des exemples étrangers. On reproche notamment aux Frères de vouloir s’octroyer tous les pouvoirs en briguant la présidence, or ceux-ci rétorquent que cela se fait à l’étranger, notamment en France.

Tarak suit avec intérêt le meeting. Originaire du Koweït, c’est la première fois qu’il se rend en Egypte. Il a le sentiment que ces élections marquent un tournant historique et que l’ensemble du monde arabe devrait en tirer des leçons.

Les Frères musulmans, Tarek les connaît bien car il en a été membre pendant plus de quinze ans. Aujourd’hui, il n’en fait plus parti.

«L’islam traditionnel et l’organisation hiérarchique de la confrérie ne convenait plus à ma conception de la vie. Si j’étais égyptien, je voterais pour Abdel Moneim Aboul Foutouh. Il a pris son indépendance par rapport à la confrérie et propose un projet de société plus avancé».

L’islamiste exclu de la confrérie pour avoir décidé de briguer la présidence présente un visage moderne de l’islamisme qui fédère tant les libéraux que les salafistes du parti al-Nour.

A la concurrence de l’islamiste libéral Abdel Moneim Fotouh, s’ajoute également le bilan décevant des Frères au Parlement, où ils détiennent la majorité des sièges avec les salafistes.

«Qu’ont-ils fait pendant plus de quatre mois au Parlement, à part demander une loi pour qu’un homme puisse dormir avec sa femme dans les six heures qui suivent son décès », ironise Ahmad Hassan, un employé d’agence de voyage au chômage technique avant d’ajouter «quand je suis les débats sur YouTube, je vois les parlementaires dormir. C’est une farce!»

Nadéra Bouazza, envoyée spéciale au Caire

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A la rencontre des Frères musulmans 

Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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