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Tunisie - Comment les salafistes sont devenus incontrôlables

Les salafistes tunisiens, réunis dans la ville sainte de Kairouan au sud de Tunis, ont réussi leur démonstration de force.

Dimanche 20 mai, ils étaient des milliers, venus de tout le pays en bus, à rallier la deuxième fête annuelle d’Ansar al Charia, l’un des mouvements les plus radicaux de la mouvance islamiste.

Abou Lyadh, l’un des leaders du mouvement, avait appelé à une forte mobilisation le 16 mai dernier. Ce fut un franc succès.

Au programme: démonstration de sabres, des chevaux au galop, chants guerriers et même des militants en tenues afghanes.

«Ce qu'ils racontent, c'est du blabla. Et l'Etat est bien trop tolérant avec ces gens-là» a confié à l’AFP, une femme qui habite à côté de la mosquée où a eu lieu le prêche de dimanche.

Certaines personnes n’ont pas hésité à scander des slogans antisémites et ont multiplié les appels aux djihads.

A tel point que le magazine Kapitalis se demande ce que fait le gouvernement tunisien face à cette radicalisation.

«Laxiste ou complice, ou les deux à la fois, le gouvernement regarde et ne bouge pas le petit doigt, même pas pour libérer les mosquées conquises par des éléments djihadistes ou pour mettre hors d’état de nuire les recruteurs du réseau al-Qaida, qui envoient de jeunes lycéens, étudiants ou chômeurs se faire exploser sur quelques fronts de djihad islamique», écrit Kapitalis.

Le magazine avance des chiffres quant à la radicalisation de certaines mosquées tunisiennes: sur un total de 5.000 mosquées, 400 seraient aux mains des salafistes djihadistes.

Certains ministres ont réagi, comme Ahmed Bergaoui, responsable du ministère des Affaires religieuses.

«C’est un problème mais nous sommes en train de chercher des solutions», a-t-il déclaré.

A propos de l’enrôlement des jeunes salafistes pour combattre en Syrie ou ailleurs, c’est le ministre de l’Intérieur Ali Larayedh qui s’est exprimé, avouant que le gouvernement déplorait l’engagement de ces jeunes «dans de mauvaises aventures» et que le gouvernement «suivait les choses de près».

Aveu d’impuissance ou non, le gouvernement dirigé par le parti Ennahda est inquiet. Interrogé par l’hebdomadaire français Le Point, Moncef Marzouki, le président tunisien a déclaré à propos des salafistes:

«ils sont l'équivalent de l'extrême droite européenne. Ils sont dangereux et l'on n'est pas parvenu à les démocratiser.»

Lu sur Kapitalis.com

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