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Pourquoi la «nouvelle Afrique» ne fait pas rêver les Africains

«Le thème de la "nouvelle Afrique" est vendeur. Comme le disent mes éditeurs depuis des années, les lecteurs sont fatigués d’entendre les sempiternelles histoires tristes sur l’Afrique»,

C’est le constat désabusé que fait Ioannis Gatsounis, journaliste basé en Ouganda, dans un éditorial du New York Times.

Certes l’Afrique est en pleine émergence, si l’on compare sa situation aux décennies 80 et 90. Des éléments de progrès plaident pour cette analyse:

Sur le plan sociopolitique:

«Alors que seulement trois pays africains pratiquaient le multipartisme en 1990, aujourd’hui la plupart l’ont adopté. Les conflits armés sont localisés dans une poignée de pays. L’égalité entre les sexes est en progrès.»

Sur le plan économique: on ne parle plus des tigres asiatiques au profit de ceux que l’on appelle désormais les «lions» africains.

«A présent, tout le monde sait que six des économies mondiales les plus dynamiques sont africaines», écrit l’éditorialiste.

«Ernst & Young estime que le continent africain dans son ensemble va connaître une croissance de 5 % dans la prochaine décade, plus que n’importe quel autre continent»

En réalité ce tableau vendeur ne représente qu’une partie du vrai visage de l’Afrique. Selon Gatsounis, opposer deux visions du continent ne fait que rendre les choses moins compréhensibles.

Les bonnes nouvelles cachent une autre réalité

Sur le plan politique d’abord: on constate que le nombre de démocraties a chuté de 24 à 19 depuis 2005.

«Et beaucoup de ces démocraties n’en portent que le nom avec vols de biens publics, intimidation, système judiciaire compromis et impossibilité pour l’opposition de rivaliser avec le pouvoir en place.»

«Dans bien de pays africains, les hautes fonctions sont convoitées bien plus pour des motifs d’enrichissement personnel que pour contribuer au développement national.»

Le taux de scolarisation a augmenté, mais la qualité de l’enseignement baissé, avec notamment un absentéisme des enseignants. En Ouganda, d’où l’auteur écrit, le chômage des jeunes frise les 80%.

 «Beaucoup de diplômés de l’enseignement supérieur ne trouvent pas de travail, soit qu’il n’y a pas assez d’emplois, soit parce que leurs compétences ne correspondent pas aux besoins du marché»

Sur le plan économique ensuite:

«Le commerce, dans la plupart des pays africains, implique l’achat et la vente de biens d’importations, les biens manufacturés restent submergés par les importations chinoises bon marché», fait remarquer le journaliste.

Il note aussi que le commerce interafricain ne représente que 10% des échanges réalisés par le continent. Le nombre de pauvres est passé de 292 millions en 1981 à 555 millions en 2005 selon les chiffres de la Banque Mondiale.

«Pas étonnant que l’optimisme relayé par les médias ne soit pas partagé par la plupart des africains ordinaires», conclut Ioannis Gatsounis.

Avant de rajouter une note positive: «néanmoins l’Afrique montre plus que jamais des promesses depuis le temps des indépendances»

Lu sur le New York Times

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