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Sandra Nkaké sur la scène de la Maison Daniel Féry à Nanterre ©Stéphanie Trouillard
Sandra Nkaké sur la scène de la Maison Daniel Féry à Nanterre ©Stéphanie Trouillard

Sandra Nkaké: militante musicale

Chanteuse multi-styles, Sandra Nkaké a grandi entre Yaoundé et Paris. Artiste spontanée et déterminée, elle vient de sortir un second album, intitulé Nothing For Granted, qui sonne comme un cri de liberté.

C’est une tornade de couleurs qui débarque dans un bar du quartier de Pigalle. Lunettes rouge vif sur le nez, veste en cuir bordeaux et grosses boucles d’oreilles bleu, Sandra Nkaké voit la vie en multicolore. Elle pousse même le souci du détail jusqu’à peindre ses ongles en vert pétant.

Exubérante et décomplexée, au quotidien comme sur scène. Large sourire aux lèvres, elle s’excuse pour son retard avant de commander un café. Prise dans un tourbillon, elle enchaîne les rendez-vous avec les journalistes. Son deuxième album Nothing For Granted vient à peine de sortir et il fait déjà les gros titres de la presse culturelle. Mais pas question de succomber à la pression: «On peut être stressé quand on n’est pas sûr de ce qu’on défend, moi j’en suis sûre, j’aime mes chansons et j’ai une équipe incroyable en concert».

«Animal social»

Sandra a de quoi avoir de l’assurance. Son nouveau disque est un concentré du meilleur de la musique actuelle. Avec justesse, elle explore le rock, la pop, le jazz, le groove ou encore le funk. Un mélange explosif de styles, mais aussi un opus contestataire.

«Ce qu’on propose, ce n’est pas juste une suite de chansons, on essaye de proposer un spectacle, en tout cas un voyage à travers pas mal d’émotions. Il y a des chansons qui parlent de cette énergie des collectifs, pour une autre manière de regarder le monde, pour plus de libertés et pour une utilisation de notre libre-arbitre pour essayer de casser les codes raciaux, sociaux, ethniques ou religieux.»

Derrière cette mordue de mode aux fringues bariolées, se cache en effet une militante musicale. Sandra ne mâche pas ses mots. Elle parle avec précision, appuie sur certaines idées, comme si elle proposait un véritable programme politique.  

«Je me sens vraiment à la fois artisan et animal social. Ma place dans la société n’est pas plus importante que celle du boucher ou de l’instituteur, mais en tant qu’animal social, j’utilise mon artisanat pour proposer ma vision de la société et d’un mieux-vivre ensemble», explique la chanteuse d’une voix forte et déterminée.

Une volonté qu’elle tire sans aucun doute de son enfance. Ballotée entre deux pays et deux cultures, Sandra a dû se construire plus vite que les autres.

A la maison, Brassens à bonne réputation

Conçue à Paris, elle est née à Yaoundé d’une mère franco-camerounaise et d’un père camerounais. Ses parents finissent par se séparer: «J’ai passé deux ans à faire des zigzags et des allers retours».

Sa mère travaille à l’Unesco, à Médecins du monde ou pour d’autres ONG. Entre deux missions, elle laisse ses enfants chez leurs grands-parents africains ou chez les Bretons à Fouesnant: «J’ai eu une vie assez instable, en tout cas au niveau scolaire, mais en même temps cela ma donné cette force d’avoir l’impression que mon chez moi il était en moi».

Une jeunesse nomade qui lui permet aussi de s’imprégner de différentes influences: «Il y avait beaucoup de Manu Dibango à la maison, de Miriam Makeba, de Bela Belo, mais il y avait aussi Ferré, Brassens, Nina Simone. Ma mère écoutait beaucoup de musique folk aussi comme Joan Baez, Leonard Cohen, Cat Stevens».

Le théâtre, c'est pas sorcier

Arrivée à l’âge adulte, Sandra se fixe finalement à Paris. Inscrite à la Sorbonne, elle se rêve en journaliste ou en professeur d’anglais. Mais les hasards de la vie vont la pousser vers la lumière et la scène.

En 1994, elle se fait déjà remarquer par une grosse colère. Elle assiste à une pièce de l’une de ses amies, Les Sorcières de Salem. Le rôle de l’esclave noire est jouée par une comédienne blanche avec du cirage sur le visage.

«On m’a présenté le metteur de scène, il m’a demandé ce que j’en pensais, j’ai dit que le spectacle était superbe mais qu’il n’y a pas énormément de rôle pour les acteurs noirs dans les pièces américaines, cherchez des acteurs noirs ! C’était juste insupportable!», raconte-t-elle avec encore beaucoup de rage.

Une franchise payante, on lui propose de rejoindre la troupe. Pendant deux ans, elle monte sur les planches, avant que de nouvelles rencontres ne la pousse derrière un micro: «Un moment donné on ne peut pas tout faire. Je pense que j’avais plus l’impression de m’exprimer dans la musique. En racontant des choses personnelles, je sentais que cela me faisait du bien ainsi qu’aux autres».

Une prise de parole qui lui permet aussi de défendre les causes qui lui tiennent à cœur: 

«J’ai constaté que ce que j’aimais dans la musique, ce n’était pas tellement le style, mais plutôt l’implication de l’artiste dans l’expression de sa musique et de sa personnalité. Miram Makeba, Tom Waits, Nina Simone ou Bob Marley, ce sont des personnes qui revendiquent une personnalité très forte et qui surtout utilisent la musique comme moyen de parler.»

Deux albums plus tard (Mansaadi est paru en 2008), l’artiste a un emploi du temps bien rempli. À 39 ans, cette mère de quatre enfants porte les casquettes d’auteur-compositeur- productrice, mais aussi de chroniqueuse musicale pour l’émission Plus d’Afrique sur Canal+.

Entretenir la flamme!

Le continent de ses ancêtres tient toujours une grande place dans sa vie. «Qu’est-ce que être Africaine? Si ce n’est faire ce que je fais, à la fois porter le Cameroun en moi ainsi qu’une certaine forme de féminité qui s’affirme. Ce n’est pas si évident aujourd’hui d’être une femme entrepreneur, mère de famille et d’affirmer ses convictions ! », constate Sandra.

Malgré le succès, cette chanteuse lumineuse n’est pas prête de se faire enchaîner. Elle promet de continuer à concocter tranquillement ses morceaux à la maison et sans contrainte «jusqu’à ce que mon corps me lâche, j’espère que ce sera dans longtemps!» Résistante à sa manière, elle est la preuve vivante que la liberté existe encore dans la musique:

«L’idée, ce n’est pas que cela réussisse ou que cela foire. On s’en fiche ! L’idée, c’est de se dire "mais si on essayait ?". De toujours avoir cette flamme!»

Stéphanie Trouillard

Les prochaines dates de la tournée de Sandra Nkaké sont à retrouver sur son site.

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Stéphanie Trouillard

Stéphanie Trouillard. Journaliste française spécialiste du Maghreb et du Canada.

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