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Côte d'Ivoire : naissance d'un "parti unifié" du pouvoir, mais au rabais

Le "parti unifié" voulu par le président ivoirien Alassane Ouattara en vue de l'élection présidentielle de 2020 doit être officiellement lancé lundi à Abidjan, mais cela se fera sans son principal allié de la coalition au pouvoir, qui redoute un marché de dupes.

L'assemblée générale constitutive du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) se tiendra lundi après-midi dans un grand hôtel de la capitale économique ivoirienne, une semaine après la nomination d'un nouveau gouvernement avec des personnalités toutes favorables à ce parti unifié.

Serpent de mer de la politique ivoirienne depuis une dizaine d'années, le parti unifié avait initialement l'ambition de rassembler la formation du président Ouattara, le Rassemblement des Républicains (RDR), et le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), dirigé par l'ancien président (1993-1999) Henri Konan Bédié, pour retrouver l'unité perdue.

Le PDCI est le parti historique de la Côte d'Ivoire. Fondé par le père de l'Indépendance Félix Houphouët-Boigny, premier président ivoirien (1960-1993) et encore aujourd'hui figure tutélaire, il fut longtemps le parti unique du pays, jusqu'à l'avènement du multipartisme en 1990. Le RDR est né en 1994 d'une dissidence du PDCI après la mort d'Houphouët.

Créé en 2005 comme coalition électorale du RDR et du PDCI, le RHDP a permis la victoire d'Alassane Ouattara aux élections de présidentielles de 2010 puis 2015. Sa transformation en véritable parti unifié en aurait fait une machine de guerre quasi imbattable pour les élections locales (municipales et régionales) prévues cette année, et surtout pour la présidentielle dans deux ans, face à une opposition affaiblie et divisée. 

Laurent Gbagbo, le chef historique du troisième grand parti, le Front Populaire Ivoirien (FPI), est en effet emprisonné et en procès devant la Cour Pénale Internationale à La Haye, accusé de crimes contre l'humanité lors de la tragique crise post-électorale de 2010-11. Son parti est désormais divisé en deux tendances rivales.

- Guillaume Soro absent -

Au moins 20.000 personnes sont attendues lundi après-midi pour l'assemblée générale du RHDP, dont 1.500 "militants statutaires", c'est-à-dire des responsables des différents partis, selon un responsable de l'organisation. Ces 1.500 responsables désigneront un président pour le nouveau parti, ainsi qu'un bureau. Le RDR, qui comptera 500 délégués statutaires, a demandé à Alassane Ouattara de se porter candidat pour présider le mouvement. Dans une deuxième étape, d'ici à la fin de l'année, un "congrès constitutif" entérinera la création du RHDP.     

Le PDCI a dit non au parti unifié en juin. Il exigeait comme préalable à l'union qu'une personnalité issue de ses rangs soit le candidat unique du RHDP, soutenu par le RDR, à la prochaine présidentielle. Ce que le RDR a refusé.

En conséquence, M. Konan Bédié a enjoint à ses militants de ne pas participer à l'assemblée générale du RHDP, dans un communiqué vendredi. 

Le président Ouattara a néanmoins réussi à débaucher des élus et des personnalités du PDCI. Une douzaine de ministres du nouveau gouvernement sont en effet encartés au PDCI, ayant fait allégeance au parti unifié.

Parmi les petits partis, l'Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire (UDPCI - six députés) s'est prononcée pour le RHDP. Son président Albert Toikeusse Mabri a du coup hérité du quatrième portefeuille du gouvernement, l'Enseignement supérieur et la Recherche.

La situation est confuse pour trois autres petits partis, l'Union pour la Côte d'Ivoire (UPCI, 3 députés), le Mouvement des forces d'avenir (MFA) et le Parti ivoirien des travailleurs (PIT). Leurs congrès se sont prononcés contre l'union avec le RHDP, mais des dissidences sont apparues ensuite, avec des tentatives de putsch en interne, qui font l'objet de procédures en justice. Des manoeuvres téléguidées par le pouvoir, accusent les dirigeants de ces partis, ce que réfute le RDR. Certains de ces "dissidents" ont été nommés au gouvernement.

Enfin, Guillaume Soro, le président RDR de l'assemblée nationale, sera absent à l'assemblée générale du RHDP, pour cause de déplacement au Canada. Réputé en froid avec Alassane Ouattara, l'ex-chef de la rébellion (2002-2011) et ex-Premier ministre, à qui l'on prête des ambitions présidentielles, s'est placé en retrait depuis plusieurs mois, avec l'objectif de se donner une posture de rassembleur. De manière sibylline, il s'est dit favorable au RHDP, mais sans rompre avec le PDCI.    

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