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Une femme devant un panneau pour la réélection du président Paul Biya, Yaoundé, 7 octobre 2011. REUTERS/Akintunde Akinleye
Une femme devant un panneau pour la réélection du président Paul Biya, Yaoundé, 7 octobre 2011. REUTERS/Akintunde Akinleye

Tribune: Vers une présidence tournante au Cameroun?

Pour le blogueur camerounais Guy Everard Mbarga, il est urgent que chaque région du Cameroun accède, au moins une fois, à la présidence, afin que le pays devienne véritablement indépendant.

Si le Cameroun était un pays, son prochain président devrait être le fils ou la fille d'une des tribus appartenant soit à la région du Littoral, sur la côte atlantique, soit à celle du Nord-Ouest, du Sud-Ouest ou de l'Ouest.

Avant d'aller dans le détail, expliquons pourquoi le Cameroun n'est pas un pays.

Dans mon esprit, un pays est un ensemble de communautés tribales, ethniques, culturelles, dont les leaders, les représentants se sont mis d'accords, sans intermédiaire d'une autre nation, pour se bâtir un destin partagé, à l'intérieur de frontières qu'ils ont établies, contribué à établir, ou acceptées, après avoir identifié une proximité d'intérêts allant dans le sens de cet objectif commun.

En ce qui nous concerne, des Portugais ont choisi notre nom, comme des parents le feraient pour leur enfant, et un groupuscule d'européens a déterminé nos frontières.

Ce qui revient à dire que, jamais de leur propre chef, les différentes communautés tribales, ethniques, culturelles se trouvant sur ce triangle qui délimite notre prétendu pays n'ont fait le choix de devenir une seule nation.

Le peuple camerounais n’est pas souverain

Le fait justement qu'il y ait eu des intermédiations, en plus non dépourvues d'intérêts extra-nationaux, explique clairement le fait que cinquante ans après les «indépendances», aucun Camerounais n'est convaincu de notre souveraineté. 

Le Cameroun et les autres «pays» africains ne sont pas les seuls dans cette situation, évidemment.

Il ne s'agit pas de refaire l'histoire. Mais plutôt de comprendre que ce n'est pas une fatalité que les choses continuent d'aller dans ce sens.

L'idée selon laquelle seul le temps nous fera nous aimer et devenir un pays un jour est certainement l’une des causes aux problèmes que nous rencontrons. On peut d’ailleurs y inclure le tribalisme qui est un frein évident au progrès.

Et pourquoi ne pas gagner du temps ? 

Il suffirait (bon c'est vrai, les implications sont plus compliquées que de l'écrire!) pourtant de s'assoir entre nous, et de remettre tout à plat: Que chaque tribu, communauté ethnique, qu'elle soit plus ou moins importante en nombre déclare, et manifeste solennellement son désir ardent de construire avec l'ensemble des autres tribus un pacte de solidarité pour une véritable nouvelle nation camerounaise.

Pour une présidence régionale tournante

La condition en mettant les choses à plat, serait que chaque communauté s'engage à demeurer dans le futur pays que nous nous serons donné.

Cette condition s'accompagnerait d'une contrepartie: la garantie de la Constitution de régions autonomes et décentralisées. D'autres étapes que je n'évoquerai pas ici pourraient permettre de rétablir ou plutôt, d'établir la confiance entre les parties.

Donc, si le Cameroun était un pays, les dix régions qu'il compte devraient pouvoir chacune, à tour de rôle et pendant une période de cinq ans, avoir un de ses ressortissants à la tête de l'Etat.

Certains y verront une prédétermination antidémocratique.

Comme si la désignation des deux premiers chefs d'Etat fut jamais l'expression d'une quelconque démocratie. Et comme si cette dernière était universelle et ne pouvait être adaptée, et définie ou recherchée en travers du prisme de nos identités originelles et de nos réalités. 

On pourrait encore diviser les dix régions actuelles du Cameroun en quatre grandes régions: Le Grand Nord (Nord, Extrême-Nord, Adamaoua), Le Grand Sud (Centre, Sud, Est), le Grand Ouest (Nord-Ouest et Ouest) et Littoral/Sud-Ouest.

Des fils de deuxde ces grandes régions ont déjà présidé, trop longtemps, au destin de ce «pays».

Le prochain président pour cinq ans devrait donc être issu du Nord-Ouest, de l'Ouest, du Sud-Ouest ou du Littoral.

La durée de cinq ans devrait permettre que de son vivant, avec une expérience de vie autour de 50 ans dans notre pays, chaque individu camerounais puisse voir à l'œuvre un chef d'Etat originaire de chacune de nos dix régions.

Les cas du Nord et du Sud ayant eu des Chefs d'Etat qui ont fait plus que cinq ans devraient être discutés. 

Nation camerounaise nouvelle

Il est à noter que le poids démographique, dans le cadre spécifique d'une Nation camerounaise nouvelle ne devrait avoir aucune importance à ce niveau. 

Si le troisième Chef d'Etat était ainsi un Sawa du Littoral, le quatrième devrait être automatiquement choisi parmi les fils et les filles de l'Ouest ou du Nord-Ouest. 

Concrètement donc, lors de la prochaine élection, on ne devrait avoir que des candidats originaires du Littoral, du Sud-Ouest, du Nord-Ouest ou de l'Ouest.

Evidemment, ce qui serait fait au niveau de la présidence pourrait être fait à d'autres postes politiques, comme par exemple pour les ministres.

Pourquoi ne pas simplement avoir un cabinet efficace de vingt ministres, soit deux par régions avec la possibilité pour le choix des portefeuilles de trouver un mode de roulement tous les 2 ans et demi?

Ce système ferait qu’un président pour cinq ans pourrait  remanier deux fois son gouvernement, sauf en cas de force majeure. 

Mais bon, le Cameroun n'est pas un «pays», et reste à savoir s'il veut le devenir.

Guy Everard Mbarga  

Guy Everard Mbarga est camerounais, traducteur et animateur du Blog des Noirs d'Amérique Latine.

 

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Guy Everard Mbarga

Guy Everard Mbarga est un blogueur camerounais.

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