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Burkina Faso - Ces femmes victimes de la chasse aux sorcières

On appelle cela «le port du cadavre». Dans certains villages burkinabè, lorsqu’un décès d’apparence naturelle est considéré comme suspect, ce rituel considéré comme infaillible est mis en place pour désigner le coupable.

Selon la croyance collective, un groupe d’hommes est chargé de porter la dépouille parmi la communauté afin que le mort, les guide vers la personne responsable.

La direction dans laquelle le macchabée dirige ses porteurs est censée indiquer son meurtrier de façon indiscutable. Au cours de ces cérémonies, presque toujours, ce sont des femmes qui sont incriminées.

Considérées comme des sorcières, elles sont violentées, chassées de chez elle et bannies de la communauté.

D’après les chiffres le ministère de l’Action sociale et de la Solidarité Nationale, environ 600 femmes sont victimes de cette pratique à l’heure actuelle. Elles ont trouvé refuge dans des centres de solidarité.

«En général, ce sont les femmes qui sont accusées de sorcellerie et quand ce sont les hommes, ils se déplacent vers d’autres villages», explique à l’IPS Gérard Zongo, de l’ONG Commission justice et paix (CJP), à Ouagadougou.

Pour y remédier, le ministère, en partenariat avec les ONG et les associations de lutte contre l’exclusion sociale ont adopté un plan d’action.

S’étendant sur la période 2012-2016, il prévoit une prise en charge de toutes les victimes d’exclusion pour motif de «sorcellerie».

Cette prise en charge comprend une assistance financière pour que ces femmes puissent continuer les activités qu’elles menaient avant ainsi qu’une assistance juridique et psychologique.

«On ne juge pas la sorcellerie au Burkina, mais nous allons juger les faits qui sont l’exclusion et les violences sur des personnes», souligne à l’IPS Boukary Sawadogo, directeur général de la solidarité nationale.

Jusqu’à présent une seule femme a gagné son procès et doit réintégrer sa famille selon la décision de justice. Pour les autres, des journées de parrainages sont organisées par la CJP.

«A cette date, 120 femmes sur 430 ont été sont adoptées par des parrains qui leur rendent visite régulièrement pour éviter leur isolement», apprend encore IPS.

Boukary Sawadogo estime qu’une évolution des mentalités association les autorités traditionnelles est nécessaire:

«Si les chefs coutumiers ne sont pas prêts, vous n’y arriverez pas».

Lu sur IPS

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