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Sarkozy n'a pas exorcisé les démons de la Françafrique

«Aujourd'hui on va parler de la rupture que nous promettait notre président, et même, de la rupture de la rupture, c’est à dire, la continuité.»

L'émission de France Inter L'Afrique enchantée du 13 mai avait pour vocation de dresser le bilan africain de Nicolas Sarkozy.

La rupture annoncée d'abord. Les deux présentateurs, Soro Solo et Vladimir Cagnolari, commencent leur récit alors que Nicolas Sarkozy est ministre de l'Intérieur, et se rend au Mali, puis au Bénin, en 2006, pour expliquer sa politique d'«immigration choisie». Archives de Radio France à l'appui, ils citent le président malien ATT, s'adressant aux mécontents de la visite du futur président: «Ici, on n’a pas d’hospitalité choisie!». Le ton est donné.

Lors de ce voyage, Nicolas Sarkozy, dans son discours de Cotonou, affirmera vouloir mettre un terme aux «complaisances», aux «officines» aux «secrets» et aux «ambigüités».

Mais très vite, les attentes seront déçues, continuent les deux présentateurs.

D'abord par le discours de Dakar, lors duquel Nicolas Sarkozy se mettra à dos une partie de l'Afrique.

Puis, c'est la «rupture avec la rupture». Elle est entamée par un dérapage du secrétaire d'État chargé de la Coopération et de la Francophonie, Jean-Marie Bockel à Libreville en 2008, où il déclare:

«Certains pays [africains] ont d’importantes ressources pétrolières dont les populations ne bénéficient pas. Est-il légitime que notre aide soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources?»

Omar Bongo, furieux de cette sortie, demande et obtient le reclassement de M. Bockel au secrétariat d'État aux anciens combattants, affirment les deux journalistes. La Françafrique se rebiffe: Omar Bongo est resté un proche de Sarkozy.

Dans le même registre de permanence de la Françafrique et de la fin de la rupture, Soro Solo et Vladimir Cagnolari citent la visite de Kadhafi à Paris qui provoquera le malaise au sein même de la majorité présidentielle, et  l'intervention en Côte d'Ivoire pour déloger Gbagbo et faire valoir son droit à Allassane Ouattara, un autre proche de Nicolas Sarkozy.

Et de conclure: les entreprises françaises ont continué de se «tailler la part du lion» durant le dernier quinquennat.

Entendu sur France Inter

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