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Tunisie - Pourquoi la police en veut à l'armée

Les policiers tunisiens veulent bien porter l’uniforme, mais sûrement pas le chapeau. Accusés d’être les principaux responsables de la répression du soulèvement qui a conduit à la fuite de Ben Ali, le 14 janvier 2011 —au contraire de l’armée qui aurait pris le parti du peuple—, ils s’estiment aujourd’hui victimes de règlements de comptes. 

Dimanche 13 mai, à l'appel du Syndicat des forces de sécurité intérieure (SFSI), quelques centaines de membres des forces de l’ordre ont manifesté à Tunis pour demander une protection par la loi de tous les corps de sécurité, pendant et après leurs heures de travail.

«Les agents de la sûreté sont constamment agressés dans l’exercice de leur travail» déplore dans un communiqué à l’agence Tunis Afrique Presse (TAP) Montassar El-Matri, le secrétaire général de l'UNSFST, qui regroupe les syndicats des forces de sécurité.

L'assassinat présumé d’un policier, dans la région de Kairouan, a mis le feu aux poudres.

Jalloul Issaoui a été écrasé à plusieurs reprises mercredi 9 mai 2012 par un automobiliste à sa sortie du poste où il était affecté. L'homme aurait par le passé été arrêté par Issaoui avant d'être relâché. D'après certains journaux, il aurait proféré des menaces de mort avant le drame.

Cibles

Dès vendredi 11 mai, les organisations syndicales avaient décrété un deuil de trois jours avec port de brassard noir pour dénoncer «les atteintes répétées et permanentes contre ses membres».

Le syndicat, cité par l'agence officielle TAP, accuse le ministre de tutelle de «fuir ses responsabilités vis-à-vis de ses subordonnés qui deviennent désormais les cibles de liquidations physiques, privant le citoyen de son droit à la sécurité».

Mais, la passe d’arme avec les autorités ne s’arrête pas là.

Les policiers tunisiens soutiennent que les militaires ont autant de responsabilité qu’eux dans le bain de sang qui a provoqué en un mois, la mort de quelque 338 Tunisiens et 2.085 blessés, selon un décompte provisoire, publié le 4 mai par la Commission nationale d’investigation sur les dépassements et les violences (Cnidv).

Selon ce même bilan, 66% des personnes ont été tuées par balles et les forces de sécurité sont responsables de 79% des cas de décès.

"Boucs émissaires" de la justice militaire

Lors d'une conférence de presse le 9 mai dernier, les policiers membres de l’UNSFST ont affirmé être les «boucs émissaires» de la justice militaire pour les tueries de la révolution.

Fin avril, deux agents ont en effet été condamnés à 20 ans de prison chacun pour la mort par balle d’un jeune civil à Kerkennah, durant le soulèvement.

«Comment deux hommes peuvent-ils être condamnés pour une seule balle et un seul tué?»,s’est demandé M. El-Matri.

Le syndicaliste ajoute que les policiers sont «déterminés à défendre les agents condamnés, sans preuve, par la justice militaire, dans des procès politiques et populistes».

L'UNSFT compte d'ailleurs porter plainte contre Ridha Grira, l’ancien ministre de la Défense de l’ex-président Ben Ali, afin de lever le voile sur les responsables de crimes commis durant la révolution. Le syndicat accuse ce ministre des dérapages sécuritaires qui ont semé la terreur parmi la population après la fuite de Ben Ali en Arabie Saoudite.

Lu sur Kapitalis

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