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La jeunesse algérienne, très touchée par le chômage, s'est abstenue en masse lors des élections, REUTERS/Zohra Bensemra
La jeunesse algérienne, très touchée par le chômage, s'est abstenue en masse lors des élections, REUTERS/Zohra Bensemra

Algérie: pourquoi les jeunes ne votent pas

Dans un pays où le même parti est au pouvoir depuis des années, les jeunes ne croient plus au changement, et seuls les seniors vont voter en masse. Le taux d'abstention aux législatives a été moins élevé que ce que redoutait le régime, mais le scrutin demeure contestable.

C'est la règle du verre à moitié vide ou à moitié plein qui va sans doute fonctionner dans l'évaluation du taux de participation. Pour les autorités, qui n'ont pas ménagé leur peine pour inciter les Algériens à aller voter, allant jusqu'à l'instrumentalisation contestable des mosquées, le fait que la participation ait augmenté de 6,39% en 2012 par rapport à 2007 est une source de soulagement. Avec 42,90% de participation, la bérézina redoutée est évitée et cela permet de faire bonne figure.

Mais si la déconfiture n'est pas là, le résultat ne peut en aucun cas être qualifié de réussite qui suscite la satisfaction. L'implication du président Abdelaziz Bouteflika, en dehors du temps de la campagne, n'a pas vraiment inversé la tendance lourde de l'abstention, un comportement électoral lié à la conviction répandue que le vote n'a aucun sens dans un système fermé. Il serait dès lors très dangereux que le pouvoir se satisfasse d'un résultat qui sauve la face et occulte le vide de la très grande moitié du verre. Les 42,9% de votants ne doivent pas faire oublier qu'il y a eu 57,1% de non-votants, qui expriment bien une attitude de défiance à l'égard du «jeu» mis en place par le régime.

Les arguments, parfois irrationnels, comme la quasi-fatwa [ndlr: avis juridique donné sur la loi islamique] totalement déplacée du ministre des Affaires religieuses contre ceux qui s'abstiennent, n'ont pas vaincu le désabusement général d'une grande partie des Algériens. Il y a toujours eu dans les élections, partout dans le monde, un pourcentage plus ou moins important d'abstentionnistes. Mais aucun système politique sérieux ne peut s'estimer dispensé de s'interroger sur sa propre crédibilité quand plus de la moitié du corps électoral refuse de participer à ce qui est censé être un grand moment civique, politique et citoyen.

Stagnation et contre-réforme

Il était loisible, jeudi, de constater que sur les 42,9% de votants, il y avait une forte proportion de personnes âgées, des plus de cinquante ans. C'est dans cette catégorie que le discours sur la menace étrangère, thématique martelée dans la campagne du gouvernement, a fait le plus mouche. Cela ne signifie pas nécessairement que ces personnes âgées soient plus «crédules» que les jeunes qui ont assez massivement déserté les urnes. Elles ont probablement une autre culture politique - parfois plus élaborée que celle des jeunes - qui les rend enclines, sans être satisfaites du fonctionnement du système, à souhaiter des réponses pacifiques et ordonnées. On peut ajouter que leur situation sociale et leur âge même les rendent plus «patientes» et moins impétueuses que les jeunes. Et dans ce cas, il convient de ne pas oublier que les jeunes, c'est la majorité de la population, c'est l'Algérie.

Les 42,9% de votants de «stabilisation» ne devraient donc pas servir d'alibi à la stagnation, à la poursuite entêtée de la contre-réforme en œuvre depuis le début des années 90. Ce serait faire la plus mauvaise lecture d'un scrutin au résultat mitigé, où l'abstentionnisme majoritaire est le résultat naturel des fausses élections et de la fausse scène politique imposées par le régime depuis au moins deux décennies.

Le FFS [ndlr: Front des forces socialistes], dont la participation a suscité des polémiques sans fin tout en comblant d'aise le pouvoir, ne s'y est pas trompé en exprimant sa compréhension des motivations : «l'abstention protestataire et pacifique, induite par des années de fraude, de prédation et d'autoritarisme méprisant les libertés et les droits des citoyens». Ce serait en effet se tromper d'analyse si on croit que le système politique en place a obtenu une nouvelle légitimation.

M. Saadoune (Le Quotidien d'Oran)

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M.Saadoune. Editorialiste du Quotidien d'Oran.

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