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Le secrétaire général du Front de libération national (FLN)  Abdelaziz Belkhadem le 10 mars 2012. AFP/FAROUK BATICHE
Le secrétaire général du Front de libération national (FLN) Abdelaziz Belkhadem le 10 mars 2012. AFP/FAROUK BATICHE

Algérie: le FLN en force

Alors que nombre d'observateurs s'attendaient à une forte progression, du camp islamiste, c’est finalement le camp nationaliste qui l’emporte, avec 491 fauteuils de maire.

Mise à jour du 2 décembre 2012: Le Front de libération nationale a remporté les élections locales du 29 novembre, en Algérie. Le parti historique, au pouvoir, obtient 491 fauteuils de maire, soit un tiers des communes.

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Et le gagnant est… L’alliance présidentielle. Alors que nombre d’observateurs s’attendaient à une victoire, ou du moins à une forte progression, du camp islamiste représenté par l’Alliance pour une Algérie verte —laquelle comprend le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), El-Islah (Réforme) et Ennahda (Renaissance)— c’est finalement le camp nationaliste qui l’emporte.

Le ticket présidentiel formé depuis 2004 par le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND) obtient 288 sièges (220 pour le FLN, 68 pour le RND). De ce fait, il bénéficie donc de la majorité absolue dans une Assemblée nationale de 462 sièges qui, selon le président Abdelaziz Bouteflika, «devra légiférer sur la suite des réformes».

De son côté, l’Alliance pour une Algérie verte n’a obtenu que 48 sièges ce qui porte à 59 sièges le total des élus appartenant à six des sept formations islamistes en lice.

De retour dans l’arène électorale après dix années de boycott, le Front des Forces Socialistes (FFS) du leader historique Hocine Aït Ahmed a remporté 21 sièges, surtout en Kabylie, talonné par le Parti des Travailleurs (PT, extrême gauche) avec 20 sièges.

Enfin, la participation a atteint 42,9% (35,67% en 2007).

Rendez-vous manqué

Ce vote débouche donc sur une mini-surprise —tant il était attendu que les islamistes fassent un bon score— et les prochains jours devraient être marqués par une certaine tension politique. Voici donc quelques enseignements immédiats à propos de ce scrutin.

La participation: Le président Bouteflika avait demandé aux Algériens, notamment aux jeunes, de se rendre en masse aux urnes. Il n’avait pas hésité à comparer ce rendez-vous électoral au 1er novembre 1954, date de l’insurrection algérienne pour l’indépendance. Las.

Le taux officiel de participation —contesté par une partie de l’opposition— est de 42,9%. C’est bien plus que les scrutins précédents et ce que craignaient nombre d’observateurs locaux qui pariaient plutôt sur un taux inférieur à 30%. Mais, dans le même temps, ce taux reste inférieur à 50%.

Cela démontre que les Algériens n’ont pas été au rendez-vous de ce rendez-vous électoral qui a tout de même vocation à désigner leurs représentants. Cela prouve une nouvelle fois le divorce entre le peuple algérien et la classe politique qu’il s’agisse du pouvoir ou d’une opposition accusée de chercher «le poste», comprendre un (excellent) salaire de député.

L'exception algérienne

Le score du Front de libération nationale (FLN): On peut penser que cette victoire du FLN est un retour en arrière. Pour mémoire, cette formation a été le parti unique de l’Algérie de 1962 à 1989. C’est ce parti héritier de la Guerre d’indépendance qui émerge de nouveau à l’heure où le monde arabe est engagé dans une dynamique de contestations politiques diverses.

On peut même décoder le message officieux de ce scrutin: pour les dirigeants algériens, la victoire du FLN est la réponse à celles et ceux qui, à l’étranger, se demandent pourquoi l’Algérie n’est pas touchée par le Printemps arabe.

En clair, l’Algérie officielle vient de signifier à la face du monde qu’elle restera une exception politique et que ses islamistes ne seront jamais détenteurs du pouvoir. Mieux, au regard de la situation chaotique en Egypte et en Libye et à l’incertitude politique en Tunisie, l’Algérie se pose comme havre de stabilité dans la région y compris en comparaison d’un Maroc où les islamistes sont arrivés en tête des élections législatives.

Les islamistes humiliés. L’Alliance pour l’Algérie verte avait annoncé la couleur depuis plusieurs semaines. Ses responsables se voyaient capables de remporter au moins le quart sinon plus des sièges. Certains, encore plus optimistes, se voyaient atteindre la barre des 200 sièges.

La défaite des islamistes

Au final, cette coalition qui regroupe des formations islamistes légales, n’a obtenu que 48 sièges. Une humiliation électorale qui a poussé leurs représentants à dénoncer  «une fraude massive centralisée» et à mettre en garde contre la «réaction des Algériens». A Alger, l’idée d’une intox menée par les services secrets au détriment de l’Alliance verte est souvent citée. Ce ne serait pas la première fois que des candidats à une élection se voient promettre la victoire avant de déchanter…

Il reste tout de même que le pouvoir algérien a pris un risque. Certes, l’Alliance verte n’est pas le Front islamique du salut (FIS) – lequel est interdit et dont les membres en exil ont appelé au boycott— et nombre de ses membres et de ses partisans préfèrent le business à la politique mais dans un contexte social très tendu, cela pourrait catalyser le mécontentement général.

Les prochains jours diront ainsi si la défaite des islamistes algériens va déboucher sur un mouvement de protestation de grande envergure.

Akram Belkaid

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Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

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