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Le prêtre Jean-Chrysostome Zoloshi donne la communion à l’église Notre-Dame-des-Anges de Montréal © Stéphanie Trouillard
Le prêtre Jean-Chrysostome Zoloshi donne la communion à l’église Notre-Dame-des-Anges de Montréal © Stéphanie Trouillard

Un prêtre congolais à Montréal

Jean-Chrysostome Zoloshi est devenu, il y a dix ans, le premier prêtre africain ordonné à Montréal. Originaire de la République démocratique du Congo, ce curé a dû briser quelques barrières pour se faire accepter.

L’église Notre-Dame-des-Anges est un bâtiment contemporain. Dans cet édifice de la paroisse Bordeaux-Cartierville, dans le nord de Montréal, au Canada, pas de marbres ancestraux ni de sculptures flamboyantes, mais du bois vernis sur les murs et de discrets vitraux colorés.

Cette église des années 60 est aussi moderne que son curé. À peine la messe terminée, Jean-Chrysostome Zoloshi sort un iPhone de sa soutane pour noter le numéro de l’un de ses paroissiens. Il passe un peu de temps avec chacun. Le curé au physique imposant part dans un fou rire avec une vieille dame du quartier. Il s’amuse ensuite avec la petite dernière d’une famille de fidèles de son église.

Derrière sa bonne humeur, le curé Zoloshi dissimule pourtant de la fatigue. Très occupé, il s’est couché tard la veille après avoir réglé une dispute entre des membres de la communauté congolaise. Nommé depuis 2002 dans cette paroisse, cet homme de Dieu a su se rendre indispensable. 

Vocation et désillusion

Né il y a 43 ans dans la province du Bandundu, au centre de la République démocratique du Congo (RDC), Jean-Chrysostome Zoloshi s’est intéressé à la religion dès l’âge de 11 ans:

«Je trouvais très mystérieux ce que vivait un prêtre. J’avais demandé à un de mes cousins qui allait chaque jour à la messe s’il avait vu un feu qui descendait du ciel et qui tombait sur le prêtre. J’étais à la recherche de miracles.»

Adolescent, il entre au petit séminaire mais se questionne beaucoup sur son engagement: «J’étais comme désillusionné. Je voyais la faiblesse de ces hommes et je me disais qu’ils n’étaient pas si extraordinaires que ça.»

Après de nombreuses hésitations, il fini quand-même par donner sa vie à la religion. Attiré par le mouvement des prêtres ouvriers, il intègre la Mission ouvrière saints Pierre et Paul:

«Je me disais qu’on ne pouvait pas être enfermé dans un couvent ou dans une mission qui n’est pas enraciné. Un prêtre, pour moi, doit être engagé dans la collectivité.»

Un membre de la communauté lui propose alors de le rejoindre au Québec pour commencer une expérience missionnaire. Le Congolais débarque en 1993 dans le grand Nord et entame des études à l'Institut de formation théologique du Grand Séminaire de Montréal, puis à la faculté de Théologie de l'université de Montréal. À cette époque, il compte retourner dans son pays natal pour y ouvrir des communautés. Il demande une autorisation à son diocèse au Congo, mais sa demande est rejetée.

«Ils se méfiaient de moi. Ils ne comprenaient pas pourquoi je voulais retourner au Congo. Pour eux, si je voulais quitter l’Occident, c’est parce que je cachais quelque chose», explique le curé Zoloshi avec encore beaucoup d’étonnement.

Vaincre la méfiance 

Après à ce refus, il décide de s’installer définitivement au Canada. Mais, comme en Afrique, sa requête auprès du diocèse de Montréal pour être ordonné prêtre suscite la méfiance:

«Ce n’était pas généralisé, mais j’ai eu quelques difficultés. Ce n’étaient qu’une ou deux personnes qui ne comprenaient pas pourquoi un noir faisait cette demande. C’était la première fois, donc c’était suspect pour eux. Il a fallu le soutien des gens d’ici qui m’ont orienté et aidé pour expliquer la sincérité de ma démarche.»

Après avoir obtenu la nationalité canadienne, il devient en 2001 le premier prêtre africain ordonné à Montréal. Mais lors d’un stage dans une paroisse dont il préfère taire le nom, le Congolais est de nouveau confronté au rejet:

«Le curé était très content. Il me disait qu’il n’y aurait pas de problème et qu’on allait bien m’accueillir. Il m’a fait visiter ma chambre et le presbytère. Le lendemain, il m’a appelé pour me dire que finalement il ne pouvait plus me recevoir. J’ai appris que du monde l’avait influencé car j’étais noir et qu’ils pensaient que j’allais laisser de la saleté partout.»

Dans un grand rire sonore, il se souvient également d’une autre anecdote quelques années plus tard:

«On avait décapé une statue de la Vierge pour mettre de la peinture fraîche. Du coup, en dessous, c’était tout noir. Quelqu’un avait appelé pour dire: "Ce n’est pas parce que le curé est noir que Marie doit être noire!"»

Même s’il avoue avoir été touché par ces mésaventures, le curé Zoloshi préfère se souvenir de ceux qui lui ont ouvert les bras: «Cela a été effacé par les belles expériences d’accueil dont j’ai bénéficié ailleurs. Il y a encore des gens qui ont une mentalité fermée, mais cela va dans le bon sens.»

Pour preuve, ses paroissiens n’ont que des bons mots pour le décrire. Richard, un Québécois «pure laine» fait le déplacement chaque dimanche depuis une ville voisine pour assister à l’office:

«Il n’y a pas de différence entre lui et moi. Il est dans son personnage et incarne vraiment le Christ. C’est ce qu’il faut pour présider la messe.»

Éliane, une autre fidèle de l’église, partage cet avis: «Il est excellent. Je suis reconnaissante qu’il soit là, car il n’y a plus de Québécois qui deviennent prêtres. Les Africains font venir la jeunesse, sinon il n’y a plus que des vieux à la messe.»

Un nouveau souffle pour l’Église

Mais contrairement à ce que pense cette paroissienne, les 17 prêtres africains qui exercent actuellement à Montréal (sur 284 en fonction, soit 6% d’entre eux) ne sont pas là pour combler une baisse locale des vocations.

«On ne fait pas venir des prêtres d’Afrique. La majorité d’entre eux sont arrivés ici après une guerre civile ou un génocide dans leur pays. Ils sont venus en tant que réfugiés. Et puis il y a aussi ceux qui sont arrivés pour leurs études», explique l’abbé Thomas Dowd, spécialiste de ce dossier auprès de l’archevêché de la métropole québécoise.

La plupart des prêtres africains sont ainsi originaires de RDC, du Rwanda, d’Ouganda, du Cameroun, du Bénin, du Burkina Faso ou encore de la République du Congo.

Cette présence africaine se reflète aussi sur les bancs des églises. Durant l’office du curé Zoloshi, beaucoup de d’Africains se mêlent aux paroissiens québécois. Une manière pour eux de s’intégrer à leur nouveau pays. «La plupart de nos bénévoles sont des immigrés. Ils donnent de leur temps! Ils sont jeunes et ils peuvent s’impliquer», constate le curé montréalais.

 Les différentes communautés se mélangent autour de leur foi, mais le prêtre a toutefois décidé de mettre en place chaque dimanche une messe spécialement pour les Congolais:

«Je fais les mêmes homélies mais pas sur le même ton. Je suis plus directif dans mon sermon quand je m’adresse aux Africains. Je m’adresse aussi à eux en lingala, car beaucoup ne parlent pas français.»

Très engagé auprès des migrants, Jean-Chrysostome Zoloshi a également créé un «carrefour foi et spiritualité». Cet espace d’écoute propose des services d’accueil et des ateliers d’échange aux immigrés:

«Ils apportent un nouveau souffle dans la communauté. Ils donnent de la vie dans la façon de célébrer la foi. Mais la question est de savoir comment les intégrer et comment faire en sorte qu’ils deviennent une chance pour l’église d’accueil.»

Le curé Zoloshi a déjà répondu en partie à cette question avec le travail qu’il exerce au quotidien dans la paroisse, depuis dix ans Pour lui, tout repose finalement sur la rencontre et le partage.  

«Quand il y a de la méfiance, c’est parce qu’on ne se connaît pas. Des Québécois avec qui je suis devenu proche au fil des années me disent aujourd’hui: "Les noirs sont gentils finalement!"», raconte le curé dans un dernier éclat de rire.

Stéphanie Trouillard

 

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Stéphanie Trouillard. Journaliste française spécialiste du Maghreb et du Canada.

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