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Côte d'Ivoire - A Abidjan, le «business» de la mort fait vivre

Au cimetière de Yopougon, banlieue populaire de la capitale économique ivoirienne, il est toujours possible de s'arranger.

Un reportage du quotidien gouvernemental Fraternité Matin relève que les décès font l’objet d’une activité lucrative un peu partout à Abidjan.

Le journal cite l'exemple d'une famille qui a perdu un enfant en très bas âge.

Moyennant la somme de 15.000 francs CFA (environs 23 euros), le tarif pour un nourisson, les fossoyeurs accepteront d’enterrer un bébé décédé peu après sa naissance.

Et si le défunt est plus âgé, il faudra compter avec une majoration. Pour un enfant de 7 ans par exemple ce sera 25.000 francs CFA (38 euros)

Il ne faut pas trop en demander, après avoir accepté  le deal, les fossoyeurs procèderont à l’enterrement en l’absence de la famille en toute discrétion. Trop de témoins peuvent attirer l’attention.

Car le procédé n’est pas vraiment légal. En effet, l’enlèvement du corps à domicile par les services funèbres requiert une autorisation policière, en principe gratuite, mais qui est facturée 5.000 ou 10.000 francs CFA (8 ou 15 euros)

A ces frais, s’ajoutent ceux d’une éventuelle autopsie mais aussi et surtout le prix élevé de l’acquisition d’un espace pour l’inhumation.

Au cimetière d’Abobo, commune du nord d’Abidjan, le bail de cinq ans coûte 20.000 francs CFA (30 euros), 95.000 francs CFA (150 euros) pour 30 ans et jusqu’à 195.000 francs CFA (300 euros) si l’on souhaite que son mort repose en paix pendant un siècle entier.

Et il ne s’agit-là que des inhumations «en pleine terre», c'est-à-dire que l'«on creuse et on dépose le cercueil». Si les proches du défunt souhaitent un caveau cela peut aller jusqu’à 840.000 CFA (1280 euros).

De telles dépenses sont hors de portée pour les familles pauvres qui voient dans ces arrangements la possibilité d'offrir des funérailles à leurs disparus et de leur trouver une place dans les nécropoles «surpeuplées».

Au niveau de l’entrée principale du cimetière de Koumassi, en principe fermé, des femmes font tranquillement frire des beignets comme si l’activité mortuaire continuait. Et elle continue:

«Officiellement, c’est fermé. Mais si votre corps n’est pas à la morgue et si vous acceptez qu’il soit enterré en pleine terre, c’est possible», confie le chargé de l’entretien au journaliste.

ll n’y a pas que les enterrements qui constituent un business au cimetière, explique le quotidien ivoirien. La recherche de tombes permet également à plusieurs d'arrondir leur fin de mois qui s'improvisent en guide «chercheur de tombe».

«Nous demandons aux parents de faire parler leur cœur. Et nous acceptons tout ce qu’ils nous présentent», explique un jeune qui vit des revenus des recherches qu’il effectue au cimetière de Yopougon depuis des années.

A Abidjan, on vit bien de la mort.

Lu sur Fraternité Matin

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