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Tunisie - Le procès Persépolis jette un froid entre Tunis et Washington

Après avoir défrayé la chronique en Tunisie, l’affaire Persépolis s’est maintenant étendue aux Etats-Unis.

Le ministre tunisien des Affaires étrangères Rafik Abdessalem a en effet exprimé le 7 mai «le profond étonnement du gouvernement, après la déclaration de l’ambassadeur des Etats-Unis qui s’est dit déçu de la décision de justice dans l’affaire Nessma TV», rapporte le Washington Times.

Le 3 mai à Tunis, Nabil Karoui, le patron de Nessma TV a été condamné en première instance au versement de la somme de 2.400 dinars (soit environ 1.300 euros) pour «atteinte au sacré», après que sa chaîne eut diffusée le film Persépolis en 2011. L'oeuvre de la Franco-Iranienne Marjane Satrapi représente Dieu sous forme humaine, alors que l'Islam l'interdit.

Ce qui avait valu à Nabil Karoui les foudres d’une partie de la société tunisienne, qui s’était dite choquée. Son domicile avait même fait l’objet d’attaques de la part d’extrémistes. Une vive polémique sur la liberté d’expression en Tunisie s’en était suivie.

En déclarant que cette décision de justice «soulève des préoccupations à propos de la liberté d’expression en Tunisie», Gordon Gray, l’ambassadeur des Etats-Unis à Tunis, a donné à la polémique une dimension internationale.

Et de poursuivre:

«Nous comprenons que M. Karoui a le droit de faire appel de cette décision [ce qui a été fait, a annoncé son avocat], et nous espérons que cette affaire sera résolue en garantissant la liberté d’expression, un droit fondamental qui a été dénié aux Tunisiens durant l’ère Ben Ali.»

Des propos auxquels le ministre des Affaires étrangères tunisien a répondu en accusant les Etats-Unis d'«ingérence dans la justice tunisienne», dont il a dit «respecter la liberté». Avant de réitérer que «la liberté d’expression est un droit légitime». Il a ensuite prévenu que «les relations entre les Etats-Unis et la Tunisie devaient être basées sur un respect mutuel de la souveraineté nationale», rapporte pour sa part l'agence Reuters.

Lu sur Reuters et le Washington Times

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