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Pourquoi il ne faut plus envoyer vos vieux vêtements en Afrique

Plus d’un tiers des vêtements donnés aux associations caritatives en Europe sont envoyés en Afrique subsaharienne et ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’industrie du textile locale, rapporte le Guardian.

Depuis les années 1990, cet afflux a gonflé l’économie du continent à hauteur d’un milliard de dollars. Un véritable commerce, puisque ces vêtements qui sont donnés en Europe et ailleurs sont ensuite revendus sur le continent africain dans de petites boutiques de fripes ou même directement dans la rue. Pour les revendeurs, c'est un business trés lucratif. 

Cette livraison de fringues bon marché ne fait que concurrencer une industrie du textile africaine qui lutte pour s’adapter sur le marché mondial de la mode avec des infrastructures sous-développées. Et deviens un véritable problème

Douze pays africains ont déjà banni les importations de ces vêtements en ayant recours au protectionnisme. Mais c’est généralement par des filières clandestines que transitent les stocks.

«Tous les mois, en utilisant des containers qui devraient transporter des voitures, un réseau de trafiquants envoie 1,5 tonne de vêtements au Nigeria qui viennent ensuite inonder le marché de Katanga, le plus grand marché aux puces du pays,» écrit le Guardian

Si cette industrie est critiquée, elle permet pourtant à beaucoup de s’habiller à moindre coût. Les questions de goût et de mode entrent aussi en jeu. Les vêtements «occidentaux» estampillés Gucci ou à l’effigie de Michael Jackson plaisent aussi en Afrique.

A l’image du Ghana, qui a instauré une journée nationale pour promouvoir les tenues traditionnelles, le «Friday wear day», certains designers africains misent sur la tradition pour encourager leurs business. 

«Le seul moyen pour survivre c'est de créer des vêtements traditionnels musulmans pour les femmes,» explique au Guardian Bema Sidibe couturier en Côte d’Ivoire.

«Les femmes musulmanes ne sont pas attirées par ces habits "occidentaux" et lorsque arrivent les jours de Ramadan on est sûr de recevoir de nouvelles commandes.»

Le phénomène n’est pas nouveau, en 2009 le magazine américain The Root, specialisé dans la culture afro-américaine dénonçait déjà ces pratiques.

Dans toute l'Afrique, ces vétements "caritatifs" ont un nom différent. Au Togo, on les appelle les «dead Yovo», soit les habits de l'homme blanc qui est mort.

Lu sur le Guardian

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