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Un soldat malien en faction à l'aéroport de Bamako, 29 mars 2012, AFP PHOTO/ Issouf Sanogo
Un soldat malien en faction à l'aéroport de Bamako, 29 mars 2012, AFP PHOTO/ Issouf Sanogo

Quel sens donner aux coups d’Etat?

Depuis les indépendances, les coups de force demeurent un moyen privilégié d'accession au pouvoir. En cause, une insoumission chronique des armées et une démocratisation ratée.

Curieusement, l’Afrique a fait connaissance avec les coups d’État en même temps qu’elle savourait le délicieux plaisir de la «Liberté » qu’octroyaient les indépendances de ses différents États, acquises pour la plupart sur un plateau doré, mais seulement de couleur d’or.

Depuis ces indépendances jusqu’à ce jour, ce continent dénombre près 70 coups d’Etats, qui dit-on, sont commandités par des puissances étrangères pour la plupart. Cette série de coups d’État avait conduit pour la première fois l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), en 1963 à Addis-Abeba à déclarer «indésirable», le nouveau pouvoir togolais qui venait de faire assassiner le président Sylvanus Olympio.

Putschs impunis

Cette prise de position politique de l’organisation suprême africaine pour «empêcher» de nouveaux coups d’État sur le continent a été nulle et sans effet. A nouveau, en 1980 à Lagos, le sergent-chef Samuel Doe et sa délégation étaient à leur tour interdits à ce sommet pour avoir assassiné à la suite d’un coup d’État d’une barbarie sans nom, le président William Tolbert au Libéria.

Ces sanctions politiques, qui avec le recul ressemblaient à des mascarades, amusaient copieusement ces militaires, assoiffés de pouvoir et de gloire. Elles n’ont aucunement dissuadé ces bidasses de perpétrer leurs sales besognes avec l’aide et l’influence des puissances étrangères. En juillet 1999, l’OUA a décidé de proscrire par «décret» les coups d’État sur le continent.

La même année, comme par défiance à l’organisation africaine, des soldats pour la plupart incultes, analphabètes et sans projet de société et de gouvernement ont réalisé des coups d’État au Niger, en Sierra-Leone, aux Comores et bien sûr pour la première fois en Côte d’Ivoire. Ce nouveau pouvoir ivoirien était également exclu des sommets africains.

Aujourd’hui, ce sont les «barbouzes» du Mali et de la Guinée-Bissau qui sont indésirables, comme l’ont été également, ces aventuriers d’un autre âge, conduit par «l’illuminé» Dadis Camara, en Guinée.

Quels exemples?

Mais comment ces soldats pouvaient-ils respecter des décisions politiques décrétées par des chefs d’État, eux-mêmes arrivés au pouvoir par un coup d’État pour la plupart d’entre eux? Quelles légitimité avaient-t-ils donc pour empêcher ce que eux-mêmes avaient commis sans vergogne, au mépris de toute moralité et de la vie humaine?

Les indépendances des Etats africains ont suscité beaucoup d’espoir et de liberté, tant individuelle que collective sur le continent. Cependant, la démocratisation de ces Etats, imposée par François Mitterrand en 1990 à la Baule, a libéré davantage toutes formes d’avidités de pouvoir et de richesse par le biais de la politique.

A la suite de ce fameux sommet de la Baule, un vent de démocratisation et de liberté a pourtant suscité de grands espoirs sur le continent. Plusieurs conférences nationales se sont tenues dans ces années 90. Des élections ouvertes à des candidats de l’opposition se sont également tenues, même si personne n’était dupe pour espérer voir du jour au lendemain des dictateurs organiser des élections et accepter de les perdre.

Causes ou conséquences du manque de démocratie?

Comme disait Sassou N’Guesso, «on n’organise pas des élections pour les perdre». Cet état d’esprit a conduit à la confiscation du pouvoir par tous les moyens, y compris la manipulation des populations, l’instrumentalisation de l’ethnicité et du nationalisme, les violations des droits humains et la militarisation de la jeunesse fortement désespérée par le chômage et l’absence de perspective d’avenir.

De fait, cette logique de gestion du pouvoir dont l’issue à terme reste incertaine, a favorisé l’émergence de coups d’État pour rétablir une «normalité» constitutionnelle. Ce fut par exemple le cas au Mali, en 1991 avec Amadou Toumani Touré. Au Ghana avec Jerry Rawlings en 1981. En Côte d’Ivoire en 1999 avec Robert Guéï alors que le pays s’embourbait dans une dérive ethnique et nationaliste autour du concept douteux de l’ivoirité qui était devenu le centre de toute l’activité politique depuis 1994.

Malheureusement, très souvent, la joie des populations qui saluent ces coups d’Etat dans l’espoir de voir se rétablir la normalité démocratique et constitutionnelle est de courte durée. Elles finissent par découvrir que derrière ces belles intentions se cachent souvent des désirs de pouvoir, de richesse et d’honneurs comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire,  jusqu’au drame que nous venons de vivre, dans lequel chacun sait sa part de responsabilité.

Macaire Dagry

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Macaire Dagry

Macaire Dagry. Journaliste ivoirien.

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