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Afrique du Sud - Le violeur repenti qui milite pour les droits des femmes

«Lorsque l’entourage accepte et cautionne ce genre de comportement comme quelque chose de normal, on n’y fait plus du tout attention.»

Dumisani Rebombo est sud-africain, et porte un regard cru sur le viol.

Un regard sans tabous, dans une société où selon les chiffres de la police, près de 30% des hommes disent avoir déjà violé quelqu’un, et les trois-quarts de ces hommes l’ont fait avant d’avoir 20 ans.

Car Dumisani Rebombo aussi, a violé. Il avait 15 ans, et a été «entrainé» par ses amis, alors qu’il n’en n’avait «pas envie», raconte-t-il à CNN, dans un portrait paru le 5 mai.

«Des années ont passé, et Rebombo a commencé à travailler dans une organisation pour l’égalité des sexes, où il a pu parler avec des victimes de viol, voir les différents états émotionnels par lesquels elles sont passées. C’est à ce moment qu’il a pensé à sa victime.»

Avant, rapporte encore CNN, il n’avait pas même songé aux conséquences de son acte.

Vingt ans après, Rebombo décide de se rendre auprès de sa victime pour aller chercher la «repentance». Elle accepte de le voir, ils s’expliquent. Rebombo comprend qu’il a brisé sa vie. Après lui, elle aura encore été violée deux fois. Jamais elle n’en parlera, ni à son mari, ni aux autorités.

«Elle en cauchemarde toutes les nuits», raconte-t-il, le ton posé.

Le viol est une gangrène de la société sud-africaine qu’un fait divers sordide a propulsée sur le devant de la scène médiatique à la fin du mois d’avril. Six adolescents de moins de 20 ans avaient filmé avec un téléphone portable et fait circuler sur Internet une vidéo de viol en bande, commis sur une jeune femme de 17 ans.

Rapporté par le tabloïd sud-africain Daily Sun, l’affaire a embrasé les médias. Beaucoup d’éditoriaux ont alors dénoncé en choeur ce «déshonneur national».

Selon Reggy Moalusi, journaliste au Daily Sun, «il y a un réel problème de viols en Afrique du Sud, et clairement, les autorités ne font pas tout ce qu’elles pourraient faire pour améliorer la situation.»

Rebombo lui fait écho, en affirmant à CNN qu’il est urgent que le président Jacob Zuma s’empare de la question.

En 2011, 66.196 cas de viols ont été recensés par la Police, alors qu’un nombre important de victimes, comme celle Rebombo, n’osent pas briser le tabou.

«Le taux élevé de violences sexuelles a été expliqué de beaucoup de manières, continue la journaliste de CNN. Certains disent que c’est un héritage de l’apartheid et de la culture de la violence qui sévit encore en Afrique du Sud...»

Lu sur CNN

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