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Inquiétude à Bamako le 20 avril 2012. REUTERS/ Luc Gnago
Inquiétude à Bamako le 20 avril 2012. REUTERS/ Luc Gnago

Mali: la peur des islamistes grandit

Les islamistes les plus radicaux n'ont pas hésité à profaner des tombeaux de saints à Tombouctou. La partition géographique débouche sur une division religieuse.

Le Mali s’embourbe irrémédiablement dans la crise. Les incidents au nord du pays dans la ville mythique et culturelle de Tombouctou, viennent de finir de convaincre les plus optimistes que la crise est en train de s’installer dans la durée.

Les islamistes de Ansar Dine ont définitivement jeté le masque dévoilant ainsi leurs vraies intentions de créer un territoire sous contrôle de la charia.

En profanant et en brûlant le mausolée du Saint Sidi Mahmoud Ben Amar et en promettant de s’attaquer à nouveau aux autres mausolées et aux célèbres manuscrits inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, Ansar Dine et AQMI ont décidé de réécrire l’histoire, pas seulement celle du Mali, mais également celle de l’humanité qui s’est reconnue à travers les manuscrits et que le monde entier a décidé de préserver contre vents et marées.

De la partition géographique à la partition religieuse

Le tollé général que cette profanation a soulevé est à la hauteur du forfait. C’est un crime contre l’humanité au plan strictement culturel. Sur le plan humain, ce n’est qu’une question de temps. Car les partisans de la protection des mausolées, bien que musulmans, ne vont pas tarder à payer au prix fort cette défiance. L’islam tel que vu et pratiqué par AQMI et Ansar Dine a, à présent, droit de cité. Une nouvelle partition du pays est en marche.

A la partition géographique est en train de succéder une partition religieuse, une scission entre de prétendus vrais musulmans et les autres. C’est le début d’une épuration religieuse.

Si la tendance se poursuit dans toutes les régions conquises par les groupes armés islamistes, les pays membres de la CEDEAO devront s’apprêter à faire face à de nouveaux afflux de réfugiés, qui fuieraient cette fois l’intolérance des islamistes de AQMI et de Ansar Dine. Pour le moment, on ne voit pas comment les arrêter dans leur action destructrice. L’insécurité s’installe au Nord, mais elle est déjà présente à Bamako où le capitaine Sanogo et ses hommes règnent en maîtres absolus.

Le « petit » capitaine a contraint la CEDEAO à revenir sur sa décision unilatérale d’envoyer une force de 300 personnes pour sécuriser la transition. Pour l’instant, le président intérimaire et le Premier ministre font de la figuration, ce d’autant plus que le Mali, depuis le coup d’Etat de la junte le 22 mars dernier, a du mal à se doter d’un exécutif capable de prendre la situation en main.

Les dernières décisions de la CEDEAO sont venues renforcer l’idée qu’il faut composer avec la junte si l’on veut une transition moins orageuse, capable d’organiser des élections puis de libérer le nord du pays. Il est impératif que la classe politique malienne s’entende pour régler la question de la gestion de la transition car la menace est ailleurs.

 Les groupes armés islamistes (Ansar Dine et AQMI) et irrédentistes (MNLA) sont en train de s’installer. Après, ils voudront déployer leur idéologie faite de violences et d’intolérance dans les pays voisins. Là, ce sera peut-être trop tard

Abdoulaye Tao

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Abdoulaye Tao. Journaliste du quotidien burkinabè Le Pays.

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