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A Libreville, des pêcheurs étrangers indispensables, mais bien mal lotis

"Franchement, c'est désolant", soupire Alli Peter Abayomi, pêcheur nigérian qui remonte en pirogue depuis la mer le petit fleuve Lowé à Libreville: un par un, il montre les anciens villages de pêcheurs étrangers détruits par les autorités.

"Pour le premier village, les autorités ont déclaré la zone d'utilité publique. Pour le deuxième, un Coréen a affirmé que le terrain était à lui et tout a aussi été détruit", explique M. Abayomi, chef de la communauté des pêcheurs nigérians, las, tandis que sa pirogue partie du bord de mer s'enfonce peu à peu dans les terres en proche banlieue de la capitale gabonaise.

Arrivés pour la plupart illégalement dans les années 1970, les pêcheurs étrangers du Gabon - Nigérians et Béninois - sont peu à peu devenus indispensables: ce sont eux qui pêchent les deux tiers des poissons sur les 800 km de côte gabonaise.

Mais, à Libreville comme à Port-Gentil, la capitale économique, ils n'ont jamais pu accéder à la propriété. "Les autorités nous ont plusieurs fois dit qu'elles allaient nous donner des terrains mais, jusqu'à aujourd'hui, il n'y a jamais eu de suite favorable", explique le pêcheur nigérian.

Alors, d'expulsion en expulsion, ils ont à chaque fois reconstruit leurs villages sur pilotis de façon sommaire sur les rives du Lowé, toujours plus loin de l'embouchure.

- "La Grande Poubelle" -

"Ca y est, on arrive à la +Grande Poubelle+, c'est là où on habite maintenant, c'est juste après le tournant, là", montre le chef nigérian. "Mais ce site a aussi été déclaré d'utilité publique. Donc on y est en attendant, mais on a peur. A tout moment, ils peuvent nous dire de partir et alors on n'aura plus aucun endroit où s'installer".

Les maisons sur pilotis défilent. Devant chacune d'elles, des enfants jouent dans l'eau. Ici, un fumoir de sardines laisse échapper une fumée blanche à l'odeur forte. Là, une pirogue rentre de la pêche, remplie de poissons.

Dans la "Grande Poubelle", du nom d'une ancienne décharge, près de 3.000 personnes vivent dans des maisons construites en bois et sur des zones boueuses et marécageuses.

Sur une planche surélevée à un 1,50 mètre du sol qui fait office de chemin, Félix Olatuga, cheveux grisonnants, explique sa double vie: la semaine, il sillonne les eaux gabonaises sur sa pirogue, le dimanche, il revêt sa robe de pasteur pour prêcher la parole chrétienne. Son église est le seul bâtiment en dur parmi des dizaines d'habitations faites de bric et de broc.

"Je suis né avec la pêche, mais je dois aussi faire mon devoir d'enseigner la parole de Dieu aux brebis d'ici", explique-t-il.

Derrière lui, la porte ouverte d'une maison en bois laisse entrevoir une mère et ses enfants, dans un canapé de mousse défoncé. "Les enfants d'ici apprennent tous la pêche, très vite, ils vont pêcher avec leurs parents", raconte Alli Peter Abayomi.

- "On ne baisse pas les bras" -

Au Gabon, peu de gens savent nager. Alors les Gabonais préfèrent la pêche sur les grands fleuves du pays, plutôt que d'aller naviguer sur une mer capricieuse. "On essaie bien de former des Gabonais, mais peu pêchent avec nous, ils n'aiment pas", sourit le pêcheur nigérian.

"Et puis il y a beaucoup de problèmes pour nous, aussi: les parcs marins nationaux (où la pêche est interdite), les autorisations de pêche qu'il faut avoir... Avant, il n'y avait pas tout ça", intervient John Williams, autre pêcheur nigérian présent depuis plus de 30 ans au Gabon.

"Mais le problème que nous subissons tous les jours, c'est le site. Comment pourrait-on vivre en ville et aller pêcher ? Ce n'est pas possible, on a besoin d'être sur le débarcadère pour observer la marée, décharger les pirogues", continue-t-il, en référence aux expulsions de leurs villages.

Pour l'ONG World Conservation Society (WCS), qui travaille avec les pêcheurs artisanaux étrangers, la solution pourrait être de mettre en place des "concessions pour 50 ans, 90 ans, comme ca a été fait pour les forestiers", propose Floriane Cardiec, coordinatrice de WCS pour la pêche artisanale au Gabon.

"Ce sont nos frères pêcheurs d'Afrique de l'Ouest qui sont la force de travail majoritaire ici, donc leur intégration est primordiale pour nous", reconnait  Georges Mba-Asseko, directeur général de l'Agence nationale de la pêche artisanale du Gabon.

"Nous essayons de rassurer les pêcheurs, nous les accompagnons pour l'obtention de leurs cartes de séjour, nous discutons des questions de scolarisation des enfants", ajoute-t-il.

Une large majorité des pêcheurs étrangers ont une carte de séjour, indique aujourd'hui le chef de la communauté nigériane, qui veut rester optimiste: "On dialogue, on ne baisse pas les bras".

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