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Rwanda: nouveau témoignage d'un ex-militaire français contestant le caractère purement humanitaire de "Turquoise"

Un ex-aviateur français ayant pris part à l'opération "Turquoise" en juin 1994 au Rwanda conteste son caractère strictement humanitaire dès le départ, affirmant que les militaires français étaient préparés à "frapper" les troupes du Front patriotique rwandais (FPR), dans un entretien lundi au journal La Croix.

L'homme qui a souhaité garder l'anonymat a fait toute sa carrière dans l'armée de l'air, selon La Croix.   

Il s'agit du deuxième militaire français ayant participé à l'opération militaro-humanitaire "Turquoise" (lancée le 22 juin 1994 sous mandat de l'ONU pour tenter de mettre fin aux massacres) à relancer ce débat récemment, après la parution du livre ("Rwanda, la fin du silence") de l'ex-officier Guillaume Ancel.

Le président rwandais Paul Kagame, dirigeant le FPR qui a pris le pouvoir à Kigali quelques jours avant la fin du génocide (perpétré d'avril à juillet 1994), accuse les autorités françaises d'avoir soutenu le pouvoir hutu et d'avoir été ainsi un acteur des tueries qui ont fait, selon l'ONU, quelque 800.000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi. 

Paris a toujours démenti toute implication dans les massacres. 

M. Ancel assure que les troupes envoyées par Paris avaient pour mission de "stopper le FPR, donc empêcher la victoire de ceux qui combattaient les génocidaires".

"Il (Ancel) n'est pas un affabulateur pour ce que j'ai vu de Turquoise. C'est pourquoi il m'est apparu juste d'apporter mon témoignage", déclare l'ex-aviateur français. Prépositionné dans une base française en Afrique, il débarque à Kisangani (en RDCongo voisine) avec les premiers éléments de la chasse française, selon ses propos rapportés par La Croix.  

Interrogé pour savoir s'il y avait eu, à sa connaissance, une directive pour intervenir sur Kigali, il répond: "Non. Mais pour nous, nous étions là pour faire la guerre. Nous étions sur le point de frapper les rebelles (troupes du FPR) (...) L'armement qui arrivait sur la base nous confortait dans cette perspective". 

Selon lui, les équipages sont convoqués à la nuit tombée le 30 juin 1994. "Vous allez intervenir au petit matin pour +bloquer+ les rebelles, car la tension monte sur le terrain", leur dit-on, rapporte La Croix.

- "Personne ne nous l'a dit" -

Le 1er juillet, "les deux premiers Jaguars décollent pour la zone de conflit, +canons armés+ (...) ils s'étaient envolés pour faire leur métier: appuyer nos troupes au sol en frappant les rebelles", affirme l'ex-aviateur, qui ajoute que finalement, l'autorisation "n'a pas été donnée". 

"La mission est annulée et les Jaguar rentrent à leur base", a affirmé l'ex-militaire. Pour lui, cette action est apparue au dernier moment, aux yeux des décideurs, comme contrevenant au mandat donné par les Nations unies à Turquoise.

Réagissant dans La Croix, le général français Jean-Claude Lafourcade, ancien commandant de "Turquoise", qualifie "d'ineptie" ce nouveau témoignage et celui de Guillaume Ancel, affirmant que ce dernier "ne s'appuie que sur ses propres déclarations, non sur des documents, des ordres, des preuves matérielles".

"Nous ne nous sommes pas engagés en juin dans l'optique de stopper le FPR et de rétablir le gouvernement provisoire à Kigali, comme il l'affirme. La bascule entre la mission offensive et la mission humanitaire qui aurait eu lieu sur ordre de l'Elysée, le 1er juillet, n'existe que dans son imagination", ajoute-t-il.

Selon le général, mi-juin, "les militaires ont échafaudé des hypothèses (...) elles ont été soumises à l'exécutif" français, qui a "décidé de ne pas se lancer dans une offensive mais de prendre position" en République démocratique du Congo "pour aller, en toute neutralité, le moins possible à l'intérieur du Rwanda".

Interrogé pour savoir s'il était informé à partir du début de l'intervention "Turquoise" fin juin que le gouvernement intérimaire rwandais (GIR) était génocidaire, le général réplique: "Non, je ne le sais pas (...) Quand j'interviens, je sais qu'un génocide est en cours, mais je ne sais pas qui, du GIR, des unités des FAR (Forces armées rwandaises) et des miliciens, le commet".

"Avant de partir, on aurait peut-être dû nous dire: +Attention, c'est un gouvernement génocidaire !+. Mais personne ne nous l'a dit. Ni l'ONU, ni la communauté internationale". 

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