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Amadou Sanogo, chef de l'ex-junte, lors d'une conférence de presse, camp militaire de Kati, 3 avril 2012 REUTERS/Luc Gnago
Amadou Sanogo, chef de l'ex-junte, lors d'une conférence de presse, camp militaire de Kati, 3 avril 2012 REUTERS/Luc Gnago

Mali: Il faut démanteler le commandement militaire

Les affrontements armés qui se sont déroulés dans la nuit du 30 avril au 1er mai à Bamako constituent le forfait de trop pour la junte. Elle doit être purement et simplement dissoute.

Les enfants gâtés du camp de Kati ont encore fait parler d’eux, comme d’habitude, de la moins souhaitable des manières. Les membres de la junte qui refusent de se reconvertir en une faction républicaine de l’armée mais bénéficient malgré tout de l’indulgence incompréhensible de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), ont encore fait des siennes.

Ils auraient tenté d’enlever le colonel Guindo, chef des bérets rouges restés fidèles au président déchu Amadou Toumani Touré (ATT). Une opération qui a mal tourné… Car, la réplique des anciens camarades commandos du général ATT ne s’est pas faite attendre. Les affrontements qui ont opposé les deux camps ont plongé la capitale malienne dans une grande confusion qui a poussé des habitants de Bamako à traverser massivement le fleuve pour rejoindre l’autre rive apparemment plus calme.

L’affrontement était prévisible

Les occupants du camp de Kati prétendent avoir la situation sous contrôle à Bamako. Cette guerre des bérets qui vient s’ajouter aux divergences de vues et de procédés au sein du Conseil national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE) est un coup dur porté à la médiation. Elle risque fort de compromettre la transition et partant, le processus de normalisation déjà mis à mal par plusieurs facteurs.

Mais, à y voir de plus près, cette prise de bec entre bérets rouges et bérets verts était prévisible. Bien que ne regroupant pas tous les militaires maliens, le CNRDRE s’est toujours comporté comme une structure légitime, autonome et représentative qui s’arroge de façon unilatérale le droit de parler et d’agir au nom de tous les Maliens.

N’étant pourtant pas la seule force en présence au Mali, il fallait s’attendre à ce que, face à la lenteur de la Cédéao à recadrer les putschistes, d’autres Maliens qui en ont la capacité et la volonté réelle le fassent. Les exactions des auteurs du coup d’Etat avaient jusque-là pour cibles les civils, notamment les anciens dirigeants du régime déposé.

Conscient de détenir, avec sa troupe, le pouvoir réel à Bamako, le capitaine aurait ainsi cédé à la tentation d’avaler un poisson que son système organique a du mal à digérer. L’accrochage du 30 avril qui a plongé les Bamakois dans la stupeur étant d’autant plus prévisible que la junte n’en finissait pas ces derniers jours d’afficher son envie de revenir aux commandes de l’Etat. Et sa tentative d’enlèvement du commandant d’une unité censée garantir la sécurité du président par intérim et du Premier ministre de transition, n’est rien moins qu’un nouveau coup d’Etat, le 2e donc à mettre à son actif.

Le maintien du CNRDR constitue le problème

Mais, hypothèse pour hypothèse, il n’est pas à exclure que les commandos de la République aient eu, eux aussi, l’intention de profiter de la provocation de la junte pour remettre celle-ci à sa place. L’ancienne garde d’ATT qui s’est toujours comportée comme une troupe responsable aurait voulu mettre hors d’état de nuire ses frères en armes débridés qu’elle ne se serait pas pris autrement.

La junte qui a toujours voulu tirer les ficelles de la transition est en train de dévoiler chaque jour ses intentions longtemps déguisées de se remettre en selle pour piloter à sa guise le processus.

Il apparaît donc plus que jamais urgent de dépêcher le contingent de 600 soldats promis par la Cédéao pour éviter que la situation ne pourrisse davantage. Mais avant le débarquement de cette force sous-régionale, il faudra mieux préparer le terrain, en procédant à la dissolution pure et simple et le plus vite possible du CNRDRE. Cette structure n’a plus sa raison d’être, du moment où ses premiers responsables ont accepté de s’inscrire dans une logique de retour à une vie constitutionnelle normale.

Ce fut d’ailleurs une des nombreuses négligences de l’institution ouest-africaine dans la gestion du conflit que de permettre aux militaires ayant porté atteinte à l’ordre constitutionnel de disposer d’une organisation armée en plus des postes stratégiques et de souveraineté qu’ils occupent au sein du gouvernement malien.

La Cédéao gagnerait donc, pour éviter que les éléments de son contingent butent sur la résistance de la junte, à baliser davantage le terrain en s’entourant de plus de précautions. Il y va du succès de la mission de sécurisation du processus et de son bon déroulement.

Le Pays

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