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Ethiopie - Le journaliste Eskinder Nega, symbole de la répression des médias en Afrique

Le journaliste et blogueur éthiopien Eskinder Nega vient de recevoir le prix "Freedom to write" de l'organisation internationale des écrivains, le centre Pen America, rapporte la BBC

Depuis plus de 6 mois, il est emprisonné à Addis Abeba, la capitale du pays et est devenu un symbole de la répression des médias en Afrique.

En septembre 2011, Eskinder Nega est arrêté sous le coup d’une loi anti-terroriste en vigueur en Ethiopie.

Son crime? La publication en ligne d’une tribune mettant en cause les arrestations répétées de journalistes par le gouvernement et notamment celle de l’acteur et fervent opposant au régime en place, Debebe Eshetu. En janvier, un juge le déclare coupable. Il risque désormais la peine de mort.

Le prix «Freedom to write» du centre Pen America est destiné à défendre les écrivains persecutés ou emprisonnés pour avoir défendu la liberté d’expression. Il est décerné chaque année et depuis 1987. Sur les 37 personnes honorées et qui étaient emprisonnées lors de la remise du prix, 33 ont été relachées.

«Eskinder Nega est l’un des écrivains éthiopiens les plus courageux et les plus admirables. De ceux qui n’hésitent pas à prendre leur plume pour écrire des choses qui les mettront en danger», a déclaré Peter Godwin, le président du centre Pen America lors de la remise du prix.

«Mais il l’a fait tout de même. De fait, il a été victime des mesures qu’il dénonçait, à savoir ces lois anti-terroristes draconiennes.»

Le journaliste a été arreté au moins sept fois au cours de sa carrière. En 2005, sa carte de presse lui avait été enlevé mais il avait tout de même continué à écrire pour le journal en ligne EthioMedia, basé aux Etats-Unis. 

C’est sa femme, Serkalem Fasil, qui a reçu le prix en son nom lors de la cérémonie à New York, le 1er mai. Journaliste elle aussi, elle a été incarcérée pendant 17 mois en 2005 pour avoir publié plusieurs articles dénonçant les violences lors des élections législatives.  

Depuis l'arrestation d'Eskinder Nega, un groupe de journalistes, d’auteurs et d’activistes pour les droits de l’homme a mis en ligne une pétitition pour sa libération et celle des autres journalistes éthiopiens détenus par le gouvernement.

D’après le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), l'Ethiopie a poussé à l'exil plus de journalistes que n'importe quel autre pays au monde au cours de la dernière décennie.

Et même si elle ne fait pas partie du tout récent classement des 10 premiers pays où la presse est la plus censurée du CPJ, l'Ethiopie est tout de même pointée du doigt dans le rapport qui dénonce la censure du gouvernement de Meles Zenawi et l'utilisation des lois anti-terroristes pour museler la presse.

Au moins 200 personnes sont tombées sous le coup de ces lois, écrit le Huffington Post américain.

Lu sur BBC

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