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Bénin - Du français au chinois, il n'y a qu'un pas

Le Bénin et la Chine entretiennent d’étroites relations de coopération qui datent des années 1970.

A l’époque du régime marxiste-léniniste du Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB) du président Mathieu Kérékou, la Chine était déjà bien présente dans le pays notamment à travers sa mission de coopération médicale.

Comme la Chine populaire, le Bénin était lui aussi populaire. Rien ne manquait pour ressembler au "big brother" chinois même dans les symboles. En témoignait le drapeau d’alors, avec sa couleur verte frappée de l’étoile rouge à l’angle gauche, symbole de l’obédience politique du pays.

La République populaire du Bénin n’est redevenue République du Bénin qu’avec la Conférence nationale de février 1990 qui a consacré la fin du parti unique avec le retour à la démocratie et au multipartisme.

Ce n’est donc pas un fait nouveau si la Chine s’intéresse au Bénin.

La Chine n'a pas d'amis, mais des intérêts surtout

Ce qui est nouveau en revanche, c’est la nouvelle orientation de sa politique depuis que le pays s’est éveillé, comme qui dirait, avec un appétit économique vorace et une volonté de puissance internationale.

Qu’à cela ne tienne, le Bénin tout comme nombre de pays africains pourraient se réjouir de pouvoir diversifier leurs relations de partenariats au-delà du cercle traditionnel des partenaires occidentaux qui s’étaient jusque-là imposées comme les seules grandes puissances du monde. Celles que nous traitions jadis à l’unisson —y compris la Chine— de puissances impérialistes.

Seulement voilà: la Chine s’est affranchie de son statut de pays en voie de développement pour devenir une grande puissance tout aussi impérialiste que celles qu’elle stigmatisait. Sa politique actuelle en direction de l’Afrique n’est rien d’autre qu’une politique de colonisation, au moyen de réalisations d’infrastructures et de financements de projets, mais qui cachent bien sa stratégie.

Il s’agit en l’occurrence de l’achat des terres par des Chinois et leur implantation progressive en Afrique, du non transfert des technologies des experts chinois aux nationaux, de l’ouverture de débouchés pour les produits chinois, etc.

Les Chinois ne sont certes pas encore très nombreux au Bénin comme dans d’autres pays africains, mais cela ne saurait tarder. Car certains sont déjà dans le commerce ou l’agro-alimentaire et d’autres ont déjà acquis des terres.

Cours de chinois pour tous

Ce que les Béninois ne savaient pas encore, c’est qu’ils passeraient aussi rapidement du français au chinois. Aussi anodin que cela puisse paraître, la langue est le pire instrument de colonisation de tous les temps. Là-dessus, la Chine n’est pas à court d’idées. Elle a mis en place un partenariat avec l’Office de radiodiffusion et de télévision du Bénin (ORTB).

A ce sujet, L’Araignée écrit:

«les échanges culturels et éducatifs entre la Chine et le Bénin ont trouvé le terreau qu’il leur fallait pour mieux se développer. Si la langue est une entrave dans l’optimisation des relations entre les deux pays, le Centre culturel chinois et l’Institut Confucius ont décidé de la lever.

Ceci, en mettant à la disposition du peuple béninois une émission spéciale de la Télévision Centrale de Chine intitulée "Le chinois au quotidien" pour permettre aux uns et aux autres de se familiariser chez eux avec la langue te la culture chinoise».

La diplomatie des bourses chinoises

Quand on sait que beaucoup de Béninois, et surtout les nouvelles générations, ne comprennent pas leurs langues nationales, on peut se demander si la Chine ne pouvait pas commencer à aider les Béninois dans ce sens. Soit.

La Chine n’entend pas s’arrêter à une simple émission de langue à l’endroit des Béninois. Elle compte offrir dorénavant des bourses à une centaine d’étudiants béninois chaque année pour aller étudier en Chine.

Son objectif avoué est ce faisant de former des compétences qui seraient ensuite disponibles à servir efficacement le Bénin. Mais la condition sine qua non pour l’obtention de ces bourses restera la maîtrise de la langue chinoise d’abord. Qui dit mieux!

Concernant l’émission «Le chinois au quotidien» dont la bande annonce passe depuis quelques mois sur les écrans de la télévision nationale, Le Matinal indique:

«selon la Secrétaire générale de l’ORTB, Philomène Abdou, le service des programmes, en ce qui le concerne, a déjà tout mis en œuvre pour son bon déroulement».

Du français au chinois, il n’y a donc qu’un pas. Et il peut être vite franchi au Bénin au regard de la nouvelle tournure que prennent les relations entre les deux pays.

Lu sur L'Araignée, Le Matinal

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