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Psychose autour du «vote musulman» en France

«Un réseau de quelques 700 mosquées qui devrait se mobiliser en faveur du candidat socialiste», révélait vendredi 20 avril le site du magazine Marianne  à deux jours du premier tour de l’élection présidentielle française.

Dans une mosquée du 18e arrondissement de Paris, la journaliste de Marianne, hebdomadaire de gauche français, écoute le prêche du vendredi:

Le recteur de la mosquée «accueille ses ouailles dans la cour de la caserne de pompiers de l’arrondissement faute de place, voter est le meilleur moyen "pour défendre notre dignité contre l’islamophobie et la stigmatisation des membres de notre communauté"».

«L’abstention et le vote blanc sont haram (interdit)», glissera-t-il à ses milliers de fidèles, rapporte Marianne.

A la Défense, même son de cloche. Le recteur appelle les fidèles à «voter contre ceux qui n’ont eu de cesse depuis des mois de criminaliser la communauté musulmane(…) et à voter utile, c’est-à-dire François Hollande».

Mais le phénomène serait plus large et concernerait un réseau d'au moins 700 mosquées, sous l’impulsion d’Abderrahmane Dahmane, ancien conseiller «Diversité» de Nicolas Sarkozy et qui avait claqué la porte de l'Elysée en mars 2011, rapporte la journaliste de Marianne.

Cette information reprise par le candidat sortant sur les ondes de France Inter le 26 avril relance néanmoins le débat sur le vote communautaire en France et sur le rôle que doivent jouer les représentants religieux dans la société française.

Il y a une semaine, le site de débat Newsring lançait un débat sur ce thème. Les avis divergeaient mais la majorité des votants et des contributeurs appelaient à une séparation entre le religieux et le politique. Beaucoup de contributeurs invoquent la sacro-sainte laïcité quand d’autres confèrent aux pasteurs ou l’imam un rôle de guide.

«Inciter à voter: oui; donner des éléments de discernement: oui; une consigne de vote: non», résumait un prêtre.

Voilà le débat sur la laïcité à la française relancée.

«L’instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur», avait déclaré le 20 décembre 2007, Nicolas Sarkozy déclarait à Latran, à Rome. Cinq ans plus tard, il évoque le risque que les imams de France s’immiscent dans le débat public.

Reste que cette polémique suppose qu’il existe un vote musulman en France. Or dans un chat au Monde.fr, le 1er mars, Vincent Geisser, chercheur au CNRS, expliquait qu'il n'existe pas un «vote musulman» en tant que tel.

«Sur le plan statistique, toutes les études sérieuses ont montré qu'il n'existait pas d'électorat ou de vote musulman, mais celui-ci est néanmoins présent dans la tête de certains candidats et dans les stratégies des états-majors politiques», explique Vincent Geisser.

Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, assure n’avoir «aucune information concernant un appel à voter pour un candidat». L'islamologue Tariq Ramadan a également démenti avoir appelé les musulmans à voter François Hollande. Confusion.

Lu sur Marianne, Newsring, Monde.fr

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