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Affiches de campagne d'Abdoulaye Wade, candidat du PDS aux présidentielles, Dakar, 15 février 2012 REUTERS/Joe Penney
Affiches de campagne d'Abdoulaye Wade, candidat du PDS aux présidentielles, Dakar, 15 février 2012 REUTERS/Joe Penney

Sénégal: Abdoulaye Wade répète les mêmes erreurs

En voulant coûte que coûte garder la main sur son parti, Abdoulaye Wade ne se rend pas compte qu’il reproduit le comportement qui lui a valu le désaveu des Sénégalais.

Après l’élection présidentielle, le landerneau politique sénégalais a maintenant le regard tourné vers les élections législatives prévues pour le 1er juillet 2012. La préparation de cette échéance électorale aiguise les appétits au point de provoquer des clashes. C’est le cas au sein du Parti démocratique sénégalais (PDS) de l’ex-chef de l’Etat, Abdoulaye Wade.

Le PDS menacé d’éclatement

La confection des listes électorales a engendré une fronde d’anciens députés, d’élus locaux et d’anciens dignitaires de cet ex-parti au pouvoir. Recalés des listes électorales, ils ont exprimé leur mécontentement au secrétaire général et fondateur du parti, Abdoulaye Wade. Dans leur défiance, les frondeurs ont créé une coalition, «Bok Guiss Guiss» («Avoir la même vision» en Wolof), et comptent déposer des listes parallèles à celles du PDS.

Ce remue-ménage n’a rien d’extraordinaire. En temps normal, c’est ce qui devrait se passer dans un parti politique digne de ce nom car la gestion des cadres et des ego n’est pas chose aisée lorsqu’une échéance électorale se profile. Toutefois, les derniers remous internes au PDS ne sont pas seulement la manifestation de chocs d’ambitions. Ils sont une réaction à la volonté du géniteur du parti de ne pas passer la main en prenant sa retraite, surtout après sa défaite à la présidentielle.

«Gorgui» ne veut pas lâcher prise

Ainsi, alors que beaucoup de personnes, à l’intérieur comme à l’extérieur du parti, s’attendaient à ce que Wade lâche prise, ce dernier a dit haut et fort, lors du congrès de mars dernier, qu’il «resterait toujours à la barre». Non content de cela, il a décidé de s’occuper personnellement de la confection des listes électorales. En agissant ainsi, il a frustré des cadres du parti qui pensaient que le moment était venu pour eux de prendre en main la destinée du parti.

Non seulement, ils devront ronger encore leurs freins pour un temps qui paraîtra forcément une éternité mais en plus, certains d’entre eux ont été exclus des listes électorales. Une condamnation à une mort politique certaine pour des personnes qui s’estimaient importantes et incontournables pour le PDS. En d’autres temps, elles auraient subi leur sort sans broncher. Mais Abdoulaye Wade n’est plus au pouvoir et est redevenu un simple opposant.

Wade est le problème

Il a donc perdu de sa superbe, et des militants peuvent se permettre de le contredire. A y voir de près, ce qui se passe au sein du parti est la faute de Abdoulaye Wade. C’est Wade lui-même le problème, le facteur de désunion et de déstabilisation de son propre parti. Au lieu de se mettre au-dessus de la mêlée, se poser en personne-ressource, en sage auprès duquel tout le monde vient prendre conseil, soumettre les différends pour règlement, il s’est fondu à la masse.

Ce n’est donc pas surprenant qu’il prenne des coups, que son autorité et ses décisions soient ouvertement remises en cause. On n’exagérera pas en disant que Wade ne sait pas tirer leçon des événements et du passé. Il ne sait pas quitter les choses avant qu’elles ne le quittent. Après sa bérézina à la dernière présidentielle, il devrait savoir une bonne fois pour toutes qu’il faut éviter de s’accrocher au pouvoir.

Peut-être que son parti serait toujours au pouvoir s’il ne s’était pas entêté à se présenter (même si la Constitution le lui permettait) et avait passé la main à quelqu’un d’autre du PDS. Mais de tout cela, Gorgui n’en a cure; il n’en fait qu’à sa tête. C’est une deuxième erreur qu’il est en train de commettre. Cette fois, c’est au sein de son parti qu’il recommence les mêmes errements qui lui ont fait perdre le pouvoir d’Etat.

Séni Dabo (Le Pays)

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Séni Dabo

Journaliste au quotidien burkinabè Le Pays.

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