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Bénin - Quand le président devient ministre de la Défense

Comme si c’était devenu un phénomène de mode en Afrique de l’ouest, le président du Bénin, lui aussi, s’est octroyé le portefeuille de la Défense lors du dernier remaniement technique. Mais pourquoi donc!

Les Béninois s’attendaient sans doute à un léger remaniement du gouvernement.

Après les crises dans le secteur de l’éducation et celui du transport maritime, les rumeurs avaient précédé l’information. Et la seconde n’a pas démenti la première.

Résultat : en changeant, Mme Adidjatou Mathys, son ministre de l’Economie et des Finances par Jonas Gbian qui a cédé sa place à Mme Sofiath Onifadé comme ministre de l’Energie, des recherches pétrolières et minières, de l’eau et du développement des énergies renouvelables ; le président Boni Yayi a ravi au passage le ministère de la Défense à Issifou Kogui N’Douro, jusque-là considéré comme son dauphin.

Le Matinal du Bénin écrivait il y a quelques jours:

«recasé au Palais de la présidence avec un portefeuille des Affaires présidentielles peu important, l’ancien ministre de la Défense nationale Issifou Kogui N’Douro se contente d’un bureau, d’un garde du corps, de son véhicule de fonction et aussi de ses lignes téléphoniques. Ministre d’Etat chargé de la Défense sans discontinuer sous le régime du Changement, il vient de subir quelques avanies un an après la réélection du président de la République».

Depuis qu’il a pris le ministère de la Défense en main ou plutôt qu’il est sur la défensive, le président Boni Yayi a offert aux Béninois de Cotonou, la capitale du pays, de véritables défilés de chars qu’aucune des parades de la fête nationale du 1er août ne leur avait précédemment offert.

Sauf que les défilés de chars du tout nouveau ministre de la Défense n’ont eu lieu que nuitamment.

La Nouvelle Tribune pense que:

«pour un président de la République, occupé par mille et une choses, président de l’Union africaine (Ua) par surcroît, cela paraît beaucoup. Alors donc pourquoi Boni Yayi a-t-il choisi de prendre lui-même ce ministère stratégique alors qu’il avait la possibilité de nommer un ministre délégué chargé de la Défense, un ministre-lige qui pourra téléguider depuis la Marina (ndlr: Palais de la présidence de la République) si ce n’est pas cela le cas du ministre Issifou Kogui N’Douro ?

Est-ce, comme beaucoup le disent, une phobie du chef de l’Etat de se voir arracher le pouvoir aussi facilement par des éléments de l’armée mal maîtrisés comme le cas de son homologue malien, lui-même militaire ? Ou, veut-il imiter son homologue ivoirien qui s’est auto-nommé ministre de la Défense ?».

Après le président Blaise Compaoré du Burkina qui a décidé de prendre le portefeuille de la Défense suite aux mutineries qui ont failli lui coûter son pouvoir, on peut dire que c’est devenu la mode ou la précaution de rigueur en Afrique de l’ouest.

Le cas du Bénin ne déroge pas à cette nouvelle tendance. Face aux multiples crises qui ont secoué le Bénin, la peur du coup d’Etat a eu raison de la confiance en son ministre de la Défense.

Des proches de Boni Yayi voyant le richissime homme d’affaires, Patrice Talon, qui est aussi bien introduit dans les milieux des hauts gradés de l’armée, capable d’un tel exploit.

Surtout par ces temps où l’homme d’affaires dont on sait combien il a contribué à faire de Boni Yayi le président du Bénin ne semble pas accorder son violon avec le chef de l’Etat, concernant la signature et la remise en cause d’un contrat pour le contrôle des transactions au Port de Cotonou.

Du reste, le bal des présidents des institutions de la République (Assemblée nationale, Cour constitutionnelle, Cour suprême, Conseil économique et social) autour de Patrice Talon ne peut qu’alimenter davantage les plus folles rumeurs.

Lu sur La Nouvelle Tribune, Le Matinal

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