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Le candidat socialiste François Hollande dans son fief après le premier tour, 22 avril 2012, Tulle. REUTERS/Regis Duvignau
Le candidat socialiste François Hollande dans son fief après le premier tour, 22 avril 2012, Tulle. REUTERS/Regis Duvignau

Vu du Maroc: la victoire de Hollande fait consensus

Que ce soient pour le Palais, son gouvernement islamiste ou ses opposants, la victoire de François Hollande tranquillise.

Pour contourner la fameuse loi qui interdit de ne pas dévoiler les résultats de la présidentielle avant la clôture des derniers bureaux de vote à 20h00 locale, une marée de twitteurs français ont utilisé nombre d’artifice de communication pour dévoiler les tendances du vote.

Lieu de naissance ou d'origine du candidat, couleur du parti, recettes de cuisine sont autant de codes qui ont permis aux utilisateurs du site de microbloging de livrer les scores de chacun des dix prétendants à l'Elysée sans pour autant enfreindre la loi, sous peine de 75.000 euros d'amende.

Aussi, le Maroc a par exemple figuré sur le classement du championnat français dimanche 22 avril au soir et sa météo a été largement relayée sur Twitter en France.

Natif de Tanger, Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche, s’est vu ainsi attribuer le code «Maroc», Nicolas Sarkozy, président sortant, «Hongrie», pays d'origine de son père, Eva Joly, «Norvège», dont elle est originaire, tandis que François Hollande était représenté par "Hollande", son patronyme, ou encore le centriste François Bayrou par "Béarn", son département natal.

Un vote qui ne passionne pas

Mais au-delà de cette incongruité rendue possible par les nouveaux médias, il faut dire que cette élection présidentielle n’a pas vraiment déchaîné les passions, à part pour certains français et binationaux qui ont eu la mauvaise surprise d’apprendre que leur nom ne figurait pas sur les listes électorales établis par les consulats de France dans le royaume. En cause, un étonnant bug administratif dont les causes n’ont pour l’instant pas été élucidées.

De manière générale, en matière de présidentielles françaises, le pouvoir marocain «vote» immanquablement à droite. Valéry Giscard d’Estaing et surtout Jacques Chirac ont toujours affiché un soutien indéfectible à la monarchie chérifienne. On l’a vu aussi avec Nicolas Sarkozy qui n’a pas, à sa manière, dérogé à cette vieille tradition.

Mais depuis que François Hollande, le gagnant du premier tour était porté par les sondages, à Rabat, on avait pris toutes les dispositions pour engager en amont un dialogue avec son camp, surtout que pour ces présidentielles, à gauche, Rabat avait son favori: Dominique Strauss-Kahn. Il a passé une partie de son enfance à Agadir, choisi Marrakech pour se mettre au vert à chaque fois que l’envie le pressait et tissé, depuis de nombreuses années,  ses réseaux au cœur même du Palais…

Le Palais royal avait fait du forcing rue de Solférino auprès notamment de Pierre Moscovici, le directeur de campagne de Hollande pour le convaincre de visiter le pays durant sa campagne, lui qui n’est pas un habitué des fastes du royaume. Cela ne s’est pas fait.

Martine, l’amie du roi

De toutes façons, le PS compte nombre «d'amis» du Maroc dans ses rangs: Jack Lang, Ségolène Royal, la députée Elizabeth Guigou (née à Marrakech), l'ex-ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine pour ne citer que ceux-là.

Aujourd’hui, Rabat mise aussi et surtout sur Martine Aubry que l’on verrait bien diriger le gouvernement en cas de victoire finale de François Hollande. Lorsqu'il était prince héritier, comme l’a rappelé L’Express, Mohammed VI avait été envoyé par son père en stage auprès du président d'alors de la Commission européenne, Jacques Delors.

A l'époque, Hassan II avait organisé une rencontre familiale avec ses enfants et toute la famille Delors, dont Martine, fille de Jacques et alors ministre. Depuis, Martine Aubry a jumelé sa ville de Lille avec celle d'Oujda et il n'est pas rare, lors de ses séjours au Maroc, qu'elle soit conviée au Palais. 

Avant de la recevoir, en visite au Maroc au début du mois de mars, le roi avait tout de même tenu à justifier cette invitation. Lors d'une audience accordée la veille à Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, qu'il n'entendait en aucun cas s'immiscer dans la campagne électorale française, et que c'était «à titre personnel» qu'il avait invité au Palais la première secrétaire du Parti socialiste. Une manière sans doute de ne pas froisser Nicolas Sarkozy, qui, malgré sa situation difficile aujourd’hui, n’a pas perdu toutes ses chances de briguer un second mandat.

Mélenchon, le Marocain

Chez les contestataires du trône, notamment auprès du Mouvement du 20 Février qui après une année de manifestations dans la vague des Printemps arabes, le score plus qu’honorable de Jean-Luc Mélenchon, le Marocain est un signe d’espérance de le voir participer à un futur gouvernement de gauche. Ils ont apprécié son discours de Marseille en direction des peuples du Maghreb et relevé avec satisfaction le clin d’œil de François Hollande à son ralliement.

Sarkozy, une menace

Quant au gouvernement marocain à forte teinte islamiste, quoiqu’encore novice en diplomatie, le discours très «droitisant» de Nicolas Sarkozy à la Mutualité, ses références appuyées à la sécurité, à l’immigration, aux délocalisations, mais surtout à «la préservation du mode de vie des français» a sans nul doute était perçu comme une menace de voir son éventuelle réélection donner du carburant aux thèses du Front national. Un sentiment d’ailleurs très partagé par l’opinion publique qui semble d’ailleurs assez séduite par la politique de repli identitaire et religieuse ouvertement défendue par les islamistes du PJD.

Ali Amar

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Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

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