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François Hollande et Nicolas Sarkozy © 	 REUTERS/Jacky Naegelen
François Hollande et Nicolas Sarkozy © REUTERS/Jacky Naegelen

La Hollande mène devant la Hongrie

Vu d'Alger, François gagne la France, pendant que Nicolas a fini de rigoler. Mais qu'est ce qui va vraiment changer?

Par un pervers voyeurisme télévisuel, les Algériens ont pu regarder la campagne présidentielle française de chez eux, tout en observant avec une certaine indifférence la leur, qui se déroule en ce moment pour les élections législatives du 10 mai.

Certes les scrutins ne sont pas les mêmes, mais la campagne française est animée par de nombreux débats avec à la clé des élections incontestables, contre une triste campagne algérienne qui se résume en un affrontement mou entre apparatchiks nationalistes et islamistes opportunistes. Vu d'Alger, il y a cette mauvaise impression. Celle que l'Algérie n'est pas encore arrivée à la démocratie, que celle-ci est déjà dépassée.

Chacun le sait ou le sent, le vote présidentiel français ne règle pas grand-chose, ce sont les banquiers, les décideurs économiques et les têtes de lobbies politico-médiatiques qui devraient être soumis au vote et pas les présidents civils qui n'ont aucun poids face aux lobbies de la finance, de la politique internationale et des faiseurs d'opinions.

Pas de parti-pris particulier donc, le match entre Sarkozy «le chasseur hongrois d'immigrés» et Hollande «le pays bas français», suscitent beaucoup moins d'entrain qu'une bonne rencontre entre le Real de Madrid et Barcelone.

Une gauche moins à gauche contre une droite plus à droite

La vie politique française ressemble à un carrefour confus où la priorité change souvent de sens. L'économiste froid laisse passer l'Etat partageur là où le bon régulateur laissait passer le financier débridé. Avec au centre, dans le rôle de l'agent de circulation des idées, la question de la répartition des revenus.

Sauf qu'en Algérie, le clivage gauche-droite n'a pas cours. L'échiquier est divisé en trois, islamistes, nationalistes et démocrates, qui ne s'affrontent pas sur le terrain économique mais sur celui des valeurs.

Pour la France, oui, c'est sûr, une République en théorie plus juste avec la gauche et à la clé beaucoup plus d'impôts pour un argent introuvable. Mais la ligne de front s'arrête là, Hollande n'est pas Mélenchon, encore moins Artaud. Car c'est une idée assez répandue en France, les Maghrébins seraient censés être plus proches de la gauche française parce que cette dernière les tolère un peu plus que la droite.

Dans les faits, c'est un peu différent, surtout pour les Algériens: François Mitterrand a été ministre de la Justice dans les années 50, «guillotineur en chef» des militants indépendantistes algériens, et les socialistes ont bloqué plus tard toutes les initiatives visant à la création d'un Etat palestinien.

De ces points de vue, la gauche officielle n'est pas plus juste que la droite, même si elle le dit. L'éthique lui appartiendrait, pour plus d'égalité et de justice. La priorité économique serait de droite, avec la flexibilité du travail, les défiscalisations et la croissance forcée.

Sauf que Sarkozy a laissé une ardoise conséquente, une dette de l'Etat qui représente 85% de la richesse nationale. Ce qui l'a conduit à envoyer souvent les siens en Algérie chercher des contrats. Balle au centre, à combien va s'élever l'ardoise que va laisser Hollande?

Beaucoup plus de visas, moins d'expulsions

On pourrait ainsi résumer la dialectique, parce que dans le monde il n'y a que l'intérêt qui compte.

Pour un Algérien, la victoire de la gauche est synonyme d'une suspension momentanée de la chasse aux immigrés et des expulsions, même si nous sommes encore très loin de la libre circulation des biens et des personnes, revendiqués entre autres par l'Algérie.

Mais de quoi avoir un petit répit et ne plus entendre les sempiternelles envolées anti-immigrés à la télévision dans son salon au moment du dîner, ce qui coupe souvent l'appétit.

Mais petite pause parce que là aussi, le pragmatisme va reprendre ses droits (en français, on ne dit pas «reprendre ses gauches») et Hollande devra s'y mettre.

Ce n'est pas parce que la gauche va passer que les Français vont changer d'avis: la crise est essentiellement due aux immigrés bruns, pas aux gros blancs de Wall Street.

Finalement, la seule bonne nouvelle dans ce scrutin sera la disparition définitive de Claude Guéant, qui retournera à ces oubliettes d'où on l'a tiré.

On lui souhaite une retraite dorée dans un riad marocain entouré de domestiques sans-papiers, ou dans une maison de campagne très droite, expliquant à sa femme de ménage subsaharienne (sans-papiers aussi), toute la sagesse que les Français n'ont pas saisi.

Même s'il y a beaucoup de Claude Guéant en France, à gauche également, c'est quand même une victoire de l'intelligence sur la bêtise. Petite victoire, de quelques buts.

Chawki Amari

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Chawki Amari

Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Nationale 1.

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