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Le président togolais Faure Gnassingbé, avril 2005. © REUTERS/Stringer
Le président togolais Faure Gnassingbé, avril 2005. © REUTERS/Stringer

Togo: Changements cosmétiques et statu quo

Le parti au pouvoir a changé de nom au Togo. Mais, c’est pour mieux appliquer les méthodes du passé.

A l’issue de son cinquième congrès extraordinaire, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) s’est mué en Union pour la République (UNIR) le 14 avril 2012. Cette mutation vise à montrer au peuple togolais que le nouveau parti entend rompre avec les mauvaises pratiques qui ont tristement illustré son existence. Mais, surtout, à faire enterrer un lourd passé fait de graves entorses à la démocratie et de violences diverses. Comme s’il suffisait de changer de nom pour que les comportements changent ipso facto.

Dans le fonds, rien n’a donc changé. L’ex-parti est né à Blitta (350 km de Lomé, la capitale du Togo) en 1969. La nouvelle formation politique a, elle aussi, été portée sur les fonts baptismaux à Blitta. Rien n’a donc changé. S’exprimant sur le nouveau nom du parti à la fin du congrès, le chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé, a déclaré:  

«Pour beaucoup d’entre vous, ce choix n’a pas été facile. J’ai moi-même éprouvé ces mêmes sentiments.»

Chasser le naturel, il revient au galop

Les participants au congrès ont peut-être choisi la solution du lifting, puisqu’ils semblent reconnaître au tréfonds d’eux-mêmes qu’ils n’ont toujours pas réussi à se débarrasser de leur véritable identité.

Un adage africain dit bien que «le séjour d’un tronc d’arbre dans l’eau ne le transformera jamais en crocodile».

Beaucoup de participants ont, du reste, remarqué que l’adoption du nom UNIR, qui consacre cette mutation, n’a pas suscité d’ovations auxquelles on est en droit de s’attendre en pareille circonstance. Ce faisant, les partisans du régime au pouvoir ont montré ainsi de la meilleure façon qui soit, combien ils restent toujours attachés de manière inconditionnelle au RPT, même si c’est sous le couvert de l’UNIR.

Qu’on veuille rassembler les Togolais, comme jadis dans le RPT ou les unir aujourd’hui, pour marquer un changement avec l’UNIR, il en faut bien plus que des professions de foi. Car en vérité, de l’ancien au nouveau nom, rien n’a changé non plus, sauf dans les acronymes. Et l’acronyme UNIR n’est pas sans ressusciter bien des mauvais souvenirs chez beaucoup d’Africains.

L’Union pour la République n’a sans doute pas été choisie au hasard. Par son symbole, il indique une volonté affichée de redorer le blason du RPT. Mais il a tout de même de quoi effrayer pour qui connaît l’histoire des partis politiques en Afrique.

Des précédents douloureux

Sous d’autres cieux, au Tchad, l’UNIR de Hissène Habré, qui fut l’un des chefs d’Etat les plus sanguinaires d’Afrique, n’évoque guère de bons souvenirs. Loin s’en faut. Au lieu d’unir les Tchadiens, il avait plutôt réussi à les diviser au point que tout le monde s’épiait jusque dans les familles. La conséquence a été la liquidation de milliers d’opposants tchadiens, qui lui vaut actuellement d’être poursuivi pour crimes contre l’humanité.

L’UNIR du président togolais, Faure Gnassingbé, ne s’inscrira certainement pas sur ce registre. Il a déjà derrière lui, dans une moindre mesure, sa part d’ombre dans la gestion du pays. Mais il y a lieu cependant de se demander si avec son changement de nom, le parti présidentiel fera changer les agissements de ses acteurs et les pratiques qu’on lui a connues par le passé. Manifestement, les Togolais n’y croient pas.

C’est du pareil au même

En accédant au pouvoir en 2005, par un coup d’Etat constitutionnel, en organisant par la suite un hold-up électoral pour se maintenir au pouvoir, en commettant des violations des droits de l’homme contre les complices du coup d’Etat supposé ou réel fomenté par son frère Kpatcha Gnassingbé, le régime de Faure Gnassingbé n’a guère étonné les Togolais. Bien au contraire, le président a prouvé qu’il est le fils de son père auquel il a succédé. Qu’à cela ne tienne, pour solde de tout compte, il a demandé pardon aux Togolais. Normal que pour faire table rase du passé, le RPT soit définitivement enterré.

Marcus Boni Teiga

 

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Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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