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Crise

Le ministre malgache de la Défense a tapé jeudi du poing sur la table en menaçant de faire intervenir les forces de l'ordre si le gouvernement et l'opposition ne trouvent pas rapidement une issue à la crise politique qui secoue le pays depuis plus d'un mois.

"Nous incitons tous les responsables de cette crise qui veulent bloquer la vie de la nation à trouver une issue", a prévenu le ministre Béni Xavier Rasolofonirina dans un communiqué.

"Cela devrait être fait dans les délais imposés par la Haute Cour constitutionnelle", a-t-il ajouté, "faute de quoi les forces de l'ordre interviendront comme dernier rempart de la nation (...) afin de ne pas laisser le pays dans une situation catastrophique".

Le 25 mai, la Haute Cour constitutionnelle a ordonné au président Hery Rajaonarimampianina de "nommer un Premier ministre de consensus" et un gouvernement d'union nationale. 

Une solution destinée à mettre fin aux manifestations quotidiennes de l'opposition, qui réclame depuis plus d'un mois la démission du chef de l'Etat, élu en 2013.

Mais loin d'apaiser les esprits, l'injonction de la Haute Cour constitutionnelle a suscité la polémique: son calendrier n'est pas clair et, surtout, le régime et ses adversaires revendiquent tous les deux la majorité à l'Assemblée nationale où de nombreux élus ont changé de camp depuis leur élection.

A ce jour, les négociations entre les deux camps sont au point mort.

"Si par malheur vous vous chamaillez sur les dispositions de la Haute Cour constitutionnelle, cela constituera un grave danger pour la nation. Ce sont les ennemis de la nation qui en profiteront", a insisté Béni Xavier Rasolofonirina, ancien chef d'état-major de l'armée.

Le principal parti d'opposition, le Mapar de l'ancien président Andry Rajoelina, a dénoncé ces menaces.

"L'armée n'a pas à appliquer la situation d'exception indiquée dans la Constitution tant qu'aucun ennemi ne vient nous attaquer de l'extérieur", a réagi à l'AFP le porte-parole du Mapar, Augustin Andriamananoro.

 - Boycottage des ténors -

Les militaires sont déjà intervenus dans la vie politique récente très mouvementée de Madagascar, île pauvre de l'océan Indien. 

En 2009, le président Marc Ravalomanana avait quitté le pouvoir après une mutinerie de l'armée qui avait permis à M. Rajoelina, alors maire de la capitale, de devenir président non élu d'une transition qui avait duré jusqu'aux élections de 2013.

Cette année, c'est l'adoption de lois électorales controversées en amont des élections présidentielle et législatives prévues cette année qui a déclenché la crise.

Chaque jour depuis la fin avril, des centaines de partisans de l'opposition occupent la place emblématique du 13-Mai à Antananarivo pour exiger la démission du président. Deux manifestants ont été tués au début de la fronde, mais depuis leurs rassemblements sont pacifiques.

La déclaration du ministre de la Défense intervient au premier jour d'une rencontre organisée entre les deux camps sous l'égide du Conseil national de réconciliation malgache. 

Le parti présidentiel HVM et l'opposition étaient représentés, mais le chef de l'Etat et les dirigeants de l'opposition ont boudé la réunion, qui doit toutefois se poursuivre vendredi.

"On n'est pas ici pour nommer un Premier ministre, cela ne relève pas de notre compétence. On est là pour constituer une plateforme pour les discussions demandées dans la décision de la Haute Cour constitutionnelle", a expliqué le président du Conseil national de réconciliation, Maka Alphonse.

Dans sa décision rendue il y a une semaine, la Haute Cour constitutionnelle a également accéléré le calendrier électoral en exigeant la tenue de la présidentielle et des législatives pendant la "saison sèche", soit avant fin septembre.

Le chef de l'Etat actuel n'a pas encore annoncé s'il allait briguer un second mandat.

En revanche, les deux principaux chefs de l'opposition, M. Ravalomanana, président de 2002 à 2009, et M. Rajoelina, au pouvoir de 2009 à 2014, ont déjà laissé entendre qu'ils étaient prêts à se lancer dans la bataille. Ces deux anciens ennemis font aujourd'hui cause commune contre le régime en place.

AFP

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