SlateAfrique

mis à jour le

Génocide - Le Tribunal d'Arusha transfère son premier accusé au Rwanda

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a pour la première fois transféré à Kigali le 19 avril un accusé du génocide des Tutsi de 1994, le pasteur Jean Uwinkindi, a-t-on appris auprès de l'avocat de l'accusé.

"On vient de m'apprendre qu'il a déjà pris l'avion pour Kigali", a affirmé Maître Claver Sindayigaya à l'AFP. Un responsable du TPIR a confirmé, sous couvert d'anonymat, que Jean Uwinkindi était attendu dans la soirée à Kigali.

Jean Uwinkindi, arrêté le 30 juin 2010 en Ouganda, est poursuivi pour génocide, extermination et crimes contre l'humanité. L'accusation lui reproche d'avoir dirigé plusieurs attaques contre les Tutsi réfugiés dans sa propre paroisse de Kayenzi, en avril 1994.

Le TPIR, basé à Arusha en Tanzanie, avait annoncé en juin dernier son renvoi devant la justice de Kigali, une décision alors inédite à laquelle le pasteur a jusqu'au bout tenté de s'opposer, estimant qu'il ne pourrait bénéficier d'un procès équitable dans son pays d'origine.

Mardi 17 avril, son avocat Me Sindayigaya a ainsi déposé une motion dénonçant les conditions dans lesquelles se déroule, à Kigali, un autre procès, celui de l'opposante rwandaise Victoire Ingabire, présidente d'une formation d'opposition non reconnue par le régime du président Paul Kagame.

Mme Ingabire, notamment poursuivie pour complicité de terrorisme, propagation de l'idéologie du génocide et atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat, a décidé de boycotter son procès pour protester contre la décision de ses juges d'écourter l'audition d'un témoin à décharge.

Jusqu'en juin 2011, le TPIR avait lui-même refusé plusieurs demandes de renvoi formulées par Kigali, estimant aussi que le pays ne remplissait pas les conditions pour des procès équitables. La juridiction internationale a changé de position après une série de réformes judiciaires mises en oeuvres par le Rwanda.

Deux autres dossiers ont depuis été renvoyés à Kigali, ceux d'un ex-inspecteur de police judiciaire, Fulgence Kayishema, et d'un ancien maire, Charles Sikubwabo. Tous deux sont en fuite.

Le transfert de dossiers vers des juridictions nationales fait partie de la stratégie de fin de mandat du TPIR, qui s'est engagé à terminer ses procès de première instance fin juin cette année et les appels fin 2014.

Déclenché après l'assassinat le 6 avril 1994 du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana, dont l'avion avait été abattu au dessus de Kigali, le génocide rwandais a fait 800.000 morts selon l'ONU, essentiellement parmi la minorité tutsi, entre avril et juillet 1994.

Lu sur AFP

A lire aussi

France: A quand une loi sur le génocide rwandais

Rwanda: le mystère Agathe H.

La justice kafkaïenne du tribunal d’Arusha

La France au Rwanda, une seconde guerre d’Algérie?

A quoi joue Paul Kagamé