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Après Paris, ces Libyens qui se sentent délaissés par les politiques

"Les réunions de ces politiciens, c'est comme un disque rayé", lâche Abdelhakim al-Saadi. A Tripoli comme à Benghazi, dans l'est de la Libye, les engagements pris mardi à Paris par les responsables des camps rivaux libyens suscitent lassitude et amertume.

"C'est une répétition de la même chose qui n'aboutit à rien", déclare cet universitaire à la retraite qui garde un mauvais souvenir de l'accord inter-libyen de 2015 signé sous l'égide de l'ONU.

"Après l'euphorie, c'était la déception", résume-t-il. 

L'accord n'a pas été appliqué dans son intégralité, compliquant davantage la situation dans un pays miné par les luttes d'influence et l'insécurité depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

"Je ne veux pas me prendre la tête: si cette conférence aboutit à du concret, je le verrai nécessairement parce que mon quotidien aura changé, en mieux", ajoute encore M. Saadi qui faisait ses courses mercredi dans le marché de poisson de Tripoli, bien animé en ce jour de ramadan.

La rencontre de mardi dans la capitale parisienne a réuni pour la première fois autour d'une même table le chef du gouvernement d'union nationale (GNA) Fayez al-Sarraj et le président du Conseil d'Etat Khaled al-Mechri, basés à Tripoli, et leurs rivaux de l'est libyen, le maréchal Khalifa Haftar et le président de la Chambre des représentants Aguila Salah.

Les quatre principaux protagonistes de la crise libyenne ont convenu notamment de tenir des élections en décembre, d'accepter leurs résultats et d'unifier les institutions de l'Etat, dont la banque centrale.

- "Nouvelle révolution" -

Sept ans après la révolte, l'économie de cette nation pétrolière est en lambeaux, minée les violences et les profondes divisions entre camps rivaux.

Le quotidien des Libyens est devenu un vrai calvaire, rythmé par des pénuries de liquidités et d'électricité et une hausse vertigineuse des prix.

A Benghazi, bastion de la révolte aujourd'hui tenue d'une main de fer par le maréchal Haftar, Hawwa Abdessalam al-Agouri quitte une longue file d'attente devant sa banque, les mains vides. 

La déclaration de Paris ? Elle ne lui fait "ni chaud ni froid".

Ils n'ont "même pas mentionné les souffrances du peuple ni comment améliorer le quotidien (...) des Libyens", s'écrie-t-elle, dépitée. 

Pour cette fonctionnaire, la solution est dans une "nouvelle révolution" afin de "rectifier" le cours de celle de 2011 qui a mis fin à 42 de dictature de Mouammar Kadhafi mais qui a mis le pays sous la coupe d'une myriade de milices. 

A Paris, les quatre responsables libyens se sont engagés à trouver une "base constitutionnelle" pour encadrer les élections prévues en décembre.

- "Calvaire" -

Mais Moftah Ben Mabrouk, un banquier de 49 ans, exige qu'une véritable Constitution soit adoptée avant la tenue d'élections.

"J'étais content de voir les différentes parties rassemblées à Paris. Ça m'a donné un peu d'espoir de les voir autour de la même table. Mais une chose est sûre, s'il n'y pas de Constitution, je ne voterai pas", dit-il.

"Il est un peu tôt pour une analyse exhaustive de cette déclaration. Mais à priori, il s'agit d'un texte vague qui n'apporte rien de concret sur la scène nationale", estime de son côté Mohamad al-Marghani, qui observe les pêcheurs à la ligne sur le front de mer à Benghazi.

Pour cet enseignant à la retraite, "l'espoir suscité par la photo des quatre (dirigeants) libyens s'est vite dissipé à la lecture du texte qui n'est contraignant pour aucune des parties". Les participants n'ont en effet pas signé la déclaration faite à l'issue de la conférence.

Grace Berma, une Ghanéenne installée en Libye depuis 15 ans, déplore de son côté que la déclaration ne comporte pas de passage garantissant une protection pour les migrants qui se comptent par dizaines de milliers dans le pays.

Plaque tournante de l'immigration clandestine vers l'Europe, la Libye est souvent pointée du doigt pour l'exploitation et les mauvais traitements infligés aux migrants originaires pour la plupart d'Afrique sub-saharienne. 

"Vivre en Libye est désormais un risque lorsqu'on est étranger et surtout Africain", déplore Grace qui travaille dans une célèbre pâtisserie de Tripoli.

"Nous espérons ne pas être forcés à partir parce que nous ne sommes plus en sécurité. Les Libyens et les migrants ne méritent pas de vivre un tel calvaire alors que certains profitent du chaos".

AFP

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