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Maroc - La ministre islamiste «lâche» les violeurs de mineures

«La place naturelle d’un violeur est la prison car le viol est un acte condamnable à tous les niveaux».

Telle fut la réponse de Bassima Hakkaoui, la ministre islamiste marocaine de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social, lors d’une séance de questions orales des députés au gouvernement dans l’enceinte de la Chambre des représentants.

Interrogée le 17 avril «sur les mesures de protections des filles mineures victimes de graves abus, Bassima Hakkaoui, du PJD, s’est débarrassée, pour une fois, de sa réserve sur ce sujet, qui lui avait value d’ailleurs de vives critiques de la part de la société civile», commente Yabiladi.com.

D’aucuns trouveront que la réponse de la ministre tombe sous le sens, mais pas au Maroc —ni dans un certain nombre de pays dont la Tunisie—.

Et pour cause, le récent suicide d’une mineure forcée de se marier à son violeur —qui échappait ainsi à une condamnation— est dans tous les esprits.

L’affaire Amina El Filali, du nom de l’adolescente marocaine dont le geste a ému le pays et bien au-delà des frontières, a révélé à l’opinion publique l’infâme article 475 du Code pénal marocain.

Depuis, et en dépit du scandale retentissant, le gouvernement islamiste d’Abdelilah Benkirane a tenté d’enterrer l’affaire.

C’est pourquoi les propos de la ministre, seule femme du gouvernement, ont été remarqués.

«Insistant sur la nécessité d'aggraver la peine du violeur parce qu'il porte atteinte à l'intégrité du corps de la femme, à plus forte raison quand il s'agit d'une mineure, Mme Hakkaoui a estimé que si le nombre de cas de viols augmente dans une société, il faut aggraver la peine. Elle a précisé que le gouvernement a entamé des consultations à ce sujet, évoquant la création de centres de vigilance et de dénonciation», rapporte Au Fait Maroc.

En outre, Bassima Hakkaoui est allé plus loin dans sa volonté affichée de réforme, remarque Yabiladi.

«La ministre s’est dite favorable à une révision de l’article 20 du Code de la famille, qui certes fixe l’âge minimum légal de mariage à 18 ans, mais accorde plein pouvoir aux juges de bénir le mariage des mineures, bien entendu dans certains cas».

Mais pour le site marocain, ce «rétropédalage» spectaculaire doit être relativisé.

«Ce revirement de la ministre Bassima Hakkaoui intervient dans un contexte très particulier marqué essentiellement par une mobilisation international en faveur des abrogations des articles 20 du Code de la famille et 475 du Code pénal.»

Lu sur Yabiladi.comAu Fait Maroc

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