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Manifestants anti junte à Abidjan, 27 mars 2012 REUTERS/Thierry Gouegnon
Manifestants anti junte à Abidjan, 27 mars 2012 REUTERS/Thierry Gouegnon

Mali: «les putschistes se sont trompés de combat»

A Montreuil, véritable Bamako miniature en périphérie parisienne, les Maliens n’ont qu’un seul souhait, le retour de la paix et de l’intégrité territoriale de leur pays. Reportage.

«Non, les Maliens ne veulent pas d'un pays divisé. Non!», assène Assouba, un vieux Malien, arrivé en France dans les années 1970. Imposant et vêtu d'une tunique bleue marine, Assouba est le genre d'homme qu'on écoute religieusement.

Témoignage

Il accepte de nous parler dans un café à quelques encablures du foyer de Montreuil, qu'il n'a jamais quitté depuis son arrivée en métropole. Parfois surnommée «Little Bamako», la ville de Montreuil compte un nombre important de ressortissants maliens. Nombre d'entre eux vivent dans des foyers. 

Dans celui d'Assouba, les langues se délient difficilement devant une inconnue. Méfiance. Peur de la photographie volée ou du détail compromettant.

Quelques minutes plus tard, nous sommes pourtant invités à manger un poulet yassa au foyer - plat à base de volaille, d'oignons, de sauces piquantes et de riz -, avant de retrouver Assouba dans un café tenu par un Algérien. Un terrain connu pour le vieux Malien qui se dirige vers le bar pour saluer le propriétaire.

Assouba © Nadéra Bouazza, tous droits réservés

«J'ai vécu plusieurs mois à Alger dans un hôtel, avant de venir en France», confie le vieux Malien, avant de se remémorer avec nostalgie ses balades sur le port d'Alger. L'Algérie fut plus qu'un pays de transit pour Assouba. Un pays frère, dit-il.

 

 

 

Prêt à prendre les armes

Dés qu'on évoque la situation au Mali, Assouba prend un ton plus grave. Désemparé, il dit être prêt à prendre les armes pour défendre l'intégrité territoriale du pays. Il craint que la victoire militaire des Touaregs du mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et des groupes islamistes ne soit irréversible. A Bamako, même sentiment chez de nombreux jeunes Maliens, qui affirment vouloir s'enrôler pour «reprendre le Nord».

A l'instar des Algériens en 1954, les Maliens doivent reconquérir leur Indépendance menacée aujourd'hui par les Touareg et les islamistes, déclare Assouba, déterminé.

«Le Mali est un, pas deux», répète-t-il, comme si ses incantations pouvaient influer sur ce qui se passe à Gao, Tombouctou et Kidal, trois villes prises le 30 mars et le 1er avril. Assouba a été témoin de l'indépendance de son pays en août 1960, donc de l'éclatement de la Fédération du Mali qui regroupait le Soudan français et le Sénégal. Le Mali obtenait alors le statut d'Etat indépendant avec l'acquisition d'un territoire, «d'un peuple, d'un but et d'une foi». Pour Assouba, cette insurrection touareg menace ces acquis et perturbe la mission de l'Etat malien. Certains disent même que l'Etat n'existe plus. 

Plus jeune, Ibrahima ne porte pas le même regard sur la crise que traverse le Mali depuis plusieurs mois. La guerre au nord ne date pas d'hier. «Au pays, lorsque j'étais petit, je me souviens que les problèmes existaient déjà. Ce n'est pas nouveau pour nous», précise Ibrahima, dont les parents vivent dans un village au sud du pays, loin des préoccupations du nord. La première rébellion touareg date effectivement de 1963. Depuis, le nord du Mali n'a cessé d'être un casus belli entre Bamako et les Touareg du MNLA.

En moins d'une semaine, le Nord-Mali, un territoire de la taille de la France, s'est transformé en une poudrière menaçante et imprévisible pour les pays de l'Afrique de l'Ouest. Cette situation laisse Ibrahima perplexe. Pour lui, ce n'était pas le bon moment pour renverser le régime, revendiquer plus de droits pour les Maliens. Les putschistes se sont trompés de combat.

Maliens de Montreuil © Nadéra Bouazza, tous droits réservés

Le 22 mars, la junte malienne menée par le capitaine Amadou Aya Sanogo renverse le président Amadou Toumani Touré (ATT),  auquel les mutins imputent la mauvaise gestion de la crise au Nord-Mali. Le 2 février dernier, des femmes et mères de soldats avaient manifesté pour dénoncer le dénuement dans lequel se trouvaient leurs fils et maris dans la lointaine guerre du nord contre les rebelles touareg.

 «La première chose contre laquelle il faut se battre, c'est la pauvreté. Cette année a été terrible pour la récolte à cause de la sécheresse. J'ai envoyé de l'argent pour aider ma famille. Je sais que c'était dur au pays. C'est ça la priorité. Et non pas l'Azawad, les Touareg et Al Qaida», explique Ibrahima.

Célibataire et autonome financièrement, Ibrahima a quitté le Mali avec l’espoir d’aider sa famille en travaillant en France. Après plusieurs années en métropole, il observe que la situation ne s’améliore pas au Mali malgré les multiples coups de gueule de la population, notamment sur la hausse démesurée des denrées de premières nécessités.

«Je ne demande pas grand-chose. Que ma famille vive dignement. La révolution viendra après!»

Nadéra Bouazza

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