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Crise

La Haute-cour constitutionnelle malgache a jeté un pavé dans la mare en ordonnant vendredi la formation d'un gouvernement d'union nationale pour tenter de sortir de la crise qui oppose depuis plus d'un mois le chef de l'Etat et l'opposition.

Dans un arrêt très attendu, la plus haute juridiction du pays a également donné un coup d'accélérateur au calendrier électoral en requérant l'organisation des prochains scrutins présidentiel et législatifs dès la "saison sèche", entre mai et septembre.

Les deux tours de ces élections étaient jusque-là programmés en novembre et décembre.

La Haute-cour a toutefois laissé au pouvoir et à l'opposition un délai de dix jours pour parvenir d'eux-mêmes à un "accord politique" de sortie de crise. Si non, sa décision s'imposera.  

Initialement saisie d'une demande de destitution du président Hery Rajaonarimampianina, la Haute-cour ne s'est pas prononcée sur ce point. Mais elle a exigé qu'il mette "fin aux fonctions du gouvernement et procède à la nomination d'un Premier ministre de consensus, dans un délai de sept jours".

La composition de son gouvernement devra refléter proportionnellement les résultats des dernières élections législatives de 2013, ont ajouté les magistrats.

L'opposition, qui mobilise la rue depuis un mois pour exiger le départ du chef de l'Etat, s'est félicitée de l'arrêt de la Cour.

"C'est une victoire", a réagi le député Mamod'Ali Hawel, interrogé par l'AFP. "On revient à la nomination d'un Premier ministre par le parti majoritaire à l'Assemblée nationale, c'est-à-dire notre parti", le Mapar, la formation dirigée par l'ancien président Andry Rajoelina.

Le Premier ministre actuel, Olivier Mahafaly Solonandrasana, est soutenu par le parti présidentiel HMV.

La formation au pouvoir s'est, elle, dite "étonnée" de la décision de la justice. "On se pose la question de savoir si la Cour joue son vrai rôle. Mais dans tous les cas, on respecte sa décision et on va vers les élections maintenant", a déclaré à l'AFP le chef du HMV, Rivo Rakotovao.

- Crises à répétition -

Elu en 2013, le président Rajaonarimampianina n'a pas encore annoncé s'il allait briguer un second mandat cette année.

En revanche, les deux principaux chefs de l'opposition - Marc Ravalomanana, président de 2002 à 2009, et Andry Rajoelina, au pouvoir de 2009 à 2014 -, ont déjà laissé entendre qu'ils étaient prêts à se lancer dans la bataille.

La Haute-cour constitutionnelle a également ordonné vendredi la convocation "dans les plus brefs délais" de la Haute-cour de justice (HCJ), dont le mandat est de juger le président en exercice et les anciens chefs d'Etat. 

Dans son arrêt, la Cour constitutionnelle n'a cependant pas précisé qui comparaîtrait devant la HCJ.

Madagascar, pays pauvre de l'océan Indien à l'histoire politique instable, traverse une énième crise depuis l'adoption début avril de lois électorales considérées par l'opposition comme favorables au seul pouvoir en place.

Ces textes ont fait descendre dans la rue des milliers de ses partisans. Au premier jour de ce mouvement, le 21 avril, deux manifestants avaient été tuées par les forces de l'ordre.

Depuis, des centaines de personnes continuent à se rassembler quotidiennement et dans le calme sur la place du 13-Mai, lieu symbolique de la résistance à Madagascar, pour exiger la démission du président.

Au début du mois, ils avaient déjà obtenu de la même Haute-cour constitutionnelle l'annulation de certaines dispositions controversées des lois électorales.

Cette fronde est portée par 73 députés de l'opposition, sur les 151 qui composent l'Assemblée nationale.

La décision vendredi de la Cour constitutionnelle intervient alors que les négociations entre l'opposition et le régime poussées par la communauté internationale (ONU, Union africaine, SADC, UE) étaient au point mort.

Le parti présidentiel a décidé de maintenir son rassemblement prévu samedi dans le plus grand stade du pays à Antananarivo en riposte aux manifestations de l'opposition.

tm-bed/pa/sd      

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