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Abdoulaye Wade le 28 février à Dakar. REUTERS/Youssef Boudlal
Abdoulaye Wade le 28 février à Dakar. REUTERS/Youssef Boudlal

Wade, un «ex» déjà très encombrant

Contrairement à ses prédécesseurs à la tête de l’Etat, Abdoulaye Wade a décidé de rester au Sénégal après son départ du pouvoir. Objectif de l’ancien chef de l’Etat en restant au pays: protéger son fils Karim Wade et exercer une pression psychologique sur son successeur Macky Sall que l’activisme débridé de Wade pourrait fortement agacer.

Y a-t-il une vie après les ors de la République? «Dégagé» du palais de l’avenue Roume par Macky Sall, celui-là même qu’il qualifiait encore il y a peu d’ « apprenti », Abdoulaye Wade entame une nouvelle vie, après  douze ans  de règne sans partage. Mais même âgé de 86 ans, « hors Tva » selon ses détracteurs, qu’on ne compte pas sur lui pour mener une vie  paisible de  papy retraité.

Depuis son départ du pouvoir, Wade en véritable « agité du bocal », rendu groggy par une défaite qu’il n’avait pas vu venir, multiplie les initiatives intempestives. Il a commencé par effectuer une tournée d’adieux auprès des chefs religieux du pays. Chez le khalife  général des mourides, l’une des confréries les plus influentes du Sénégal, Wade y est allé de ses déclarations fracassantes qui ont fait les choux gras de la presse. 

Plein de fiel, il s’en est vivement pris à une   «opposition  ignorante» qui prive ainsi prématurément le Sénégal de ses lumières.  Ne digérant manifestement pas sa défaite, il a entamé sa tournée d’adieu à Touba, la ville sainte des mourides.  

A Tivaouane, la capitale des Tidianes, l’autre grande confrérie du Sénégal, Wade a avoué qu’il ne s’expliquait toujours pas le « blitzkrieg » victorieux de son ancien poulain, déclarant notamment  qu’il ne comprenait pas « pourquoi Dieu a préféré Macky Sall » (sic).

Pas touche au fiston à piston

Mais à Tivaouane, Wade a surtout montré qu’il était soucieux du sort de son fils Karim, ex-tout puissant ministre aux attributions tentaculaires. Régulièrement accusé par la presse d’avoir trempé dans des histoires de gros sous, Wade a lavé à grandes eaux son fils : «  Karim n’a jamais rien géré ».

 D’ailleurs, en fait, pour la plupart des observateurs, le véritable but de cette tournée auprès des chefs religieux est qu’ils servent de boucliers à Karim Wade, surnommé «  le fiston à piston », dont la gestion du sommet de l’Anoci (Organisation de la conférence islamique), entre autres affaires, a été épinglée par le journaliste écrivain Abdou Latif Coulibaly.

Malgré les graves accusations  de prévarication portées à son encontre, le fils du chef de l’Etat n’a jamais daigné en parler. Et c’est justement pour avoir osé convoquer Karim Wade pour lui demander de s’expliquer devant la représentation parlementaire sur la gestion des fonds de l’Anoci qu’un certain Macky Sall, avait été éjecté de son poste de président  de l’Assemblée nationale. Humilié, ce dernier avait quitté le Pds (Parti démocratique sénégalais), s’engageant résolument dans une opposition frontale à Wade qui l’a conduit au palais.

Mettre la pression sur Macky Sall

Contre toute attente, au lendemain de sa défaite, alors qu’on croyait qu’il prendrait le premier avion pour la France comme ses deux prédécesseurs, Wade a décidé de rester à Dakar. Le premier président (au pouvoir de 1960 à 1980), Léopold Sédar Senghor, après avoir été élu à l’académie française, s’était installé en Normandie où il a paisiblement  terminé sa vie auprès de son épouse française Colette.

Après son départ du pouvoir, Abdou Diouf a été nommé au poste prestigieux de secrétaire général de la Francophonie. Wade, lui, a affirmé qu’il resterait au Sénégal. Et contrairement aux deux anciens chefs de l’Etat qui se sont fait un point d’honneur  de ne jamais  se prononcer sur les affaires du pays pour ne pas gêner leur successeur, Wade ne s’est pas astreint à cette obligation de réserve.

Jamais en manque d’initiatives, il a déjà indiqué qu’il allait ouvrir une école pour enseigner ses idées et a déclaré qu’il était sur un projet d’écriture de ses mémoires qu’il soumettrait à…Macky Sall.

Pis ou  mieux, c’est selon, Wade a demandé aux barons du Pds de se remettre en ordre de bataille pour préparer les prochaines législatives prévues au mois de juin. Certains de ses militants le pressent même de diriger la liste de son parti pour ces élections. Cet activisme débridé du désormais ex-président pourrait fortement agacer l’impétrant Macky Sall.

Le baroud d’honneur du «président spécial»

Mieux, Wade, «président spécial», comme l’avait qualifié un jour l’ancien président  de la banque mondiale James Wolfenshon, bluffé par son imagination débordante, a décidé de reprendre sa robe d’avocat et son travail de consultant international, à en croire le journal dakarois « Libération ».

Cet activisme débridé de l’ »ex » pourrait fortement agacer le nouveau président. Pour preuve, après la passation de service avec son prédécesseur, Macky Sall, voulant faire dans l’élégance républicaine, avait décidé dans un premier temps de « prêter » la pointe  de sarène, l’avion de commandement présidentiel dont Wade était si  friand, pour entamer un périple autour de quelques pays. Mais une fois que le locataire du palais de Roume a découvert l’état désastreux dans le quel Wade a laissé les finances publiques du pays, il a vite fait de changer d’avis.

Pis, le parc automobile de la présidence a été tellement vandalisé que les nouvelles autorités ont décidé de sortir un communiqué pour sommer les dignitaires de l’ancien régime de ramener dans les plus brefs les véhicules portés disparus.  Jusqu’à quand le nouveau président pourra-t-il supporter cette pression psychologique de son encombrant devancier?

Barka Ba

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Barka Ba

Journaliste sénégalais, ancien directeur de la rédaction de l'Observateur, le plus lu des quotidiens dakarois. Dernier ouvrage publié: «Une pirogue pour Barça».

Ses derniers articles: L'appel à la résistance de Kagamé  La menace de l'Africanistan  «Ségo n’a qu’à revenir chez elle!» 

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