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Tunisie - Les cyberpirates s'attaquent à Ennahda

En Tunisie, l'opposition au gouvernement provisoire à majorité islamiste fait rage sur Internet.

Depuis le dimanche 15 avril 2012, le site officiel du leader du parti Ennahda, Rached Ghannouchi, affiche une page d'accueil piratée. D'après le site Tunisie Haut Débit, il s'agit d'un «deface», une cyberattaque classique de plus en plus répandue sur le web tunisien:

«Un changement de la page d’accueil sans la destruction du contenu du site. Ils ont placé au top de la page le mot "hacked" (piraté). Au milieu, la photo de Rached Ghannouchi et la phrase: "Malheur aux marchands de la religion"», détaille le site tunisien.

Pour la deuxième fois, le site de Rached Ghannouchi est la cible de hackers qui signent leurs forfaits sous la forme de pseudo. Déjà visé le 23 avril 2012 par un pirate prénommé «Jamba de Djabal Djouled», le leader d'Ennahda fait aujourd'hui face au groupe «Rezk2ll» dont l'adresse numérique figure en lien au bas de la page piratée.

Par ailleurs, dans un texte rédigé en arabe, les cyberactivistes dénoncent en substance «l'hypocrisie» du parti majoritaire au gouvernement Ennahda, «face à l'opinion publique», ainsi que «l'instrumentalisation de la religion dans les discours politiques».

Cette nouvelle attaque fait suite aux actions du groupe Anonymous Tunisia qui, le 8 avril 2012, forçait la boîte e-mails du Premier ministre, Hamadi Jebali.

A titre d'exemple, le site tunisien Kapitalis republiait en liens les e-mails du chef du gouvernement (Pdf). Sur sa page Facebook, le groupe d'Anonymous Tunisia résumait le contenu des documents numériques capturés:

«Des transactions bancaires, des adresses e-mails de certains ministres, ainsi que des négociations avec des réseaux islamiques d’Algérie, leur surveillance extrême sur la presse et l’opposition et des rapports détaillés sur les opposants. Nous gardons encore des données sécrètes à leur propos et nous sommes prêts à les publier au grand jour».

Même si sur le fond la divulgation des messages restait in fine sans conséquences graves, la facilité d'accès aux messageries des responsables politiques inquiétait déjà.

En dehors des oppositions politiques et du cyber-militantisme, ce piratage soulignait l'amateurisme des membres d'Ennahda sur Internet. Les pirates pointaient du doigt l'absence de précautions techniques pour protéger les intérêts de l'Etat et le manque d'expérience du gouvernement tunisien en matière de cybercriminalité.

Au lendemain du piratage du site du président et chef spirituel d'Ennahda, Webdo publie (Pdf) le contenu de la boîte e-mails du ministre de l'Agriculture, Mohamed Ben Salem, qui aurait récemment été forcée. Une fois de plus, le groupe Anonymous Tunisia aurait revendiqué cette nouvelle cyberattaque.

Lu sur Tunisie Haut Débit, Kapitalis, Webdo

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