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Le leader d'une association de victimes des déchets toxiques, Abidjan, août 2011 REUTERS/Thierry Gouegnon
Le leader d'une association de victimes des déchets toxiques, Abidjan, août 2011 REUTERS/Thierry Gouegnon

A quand l’esprit d’initiative?

La culture de l’assistanat encore trop ancrée en Afrique. Elle conduit les individus à tout attendre de l’Etat et de l’occident, même dans les plus petites choses.

Il y a quelques années, j’avais rencontré, à l’hôpital protestant de Dabou, une jeune allemande qui était venue pour y travailler comme infirmière volontaire. Pour pouvoir se payer le voyage, m’avait-elle expliqué, elle avait vendu un piano et une flûte traversière.

Altruisme occidental

Et à l’hôpital de Dabou, elle gagnait tout juste de quoi se loger et se nourrir. «Pourquoi êtes-vous donc venue à Dabou?» lui ai-je demandé. «J’avais envie de me rendre utile auprès de populations qui en avaient besoin», m’a-t-elle répondu. Elle n’avait aucune attache particulière, ni à Dabou, ni en Côte d’Ivoire.

Elle savait tout simplement que la Côte d'Ivoire était un pays sous-développé qui avait besoin d'infirmières, et elle s'était portée volontaire pour venir y consacrer une partie de sa vie. Ceux de ma génération se souviennent de ces jeunes américains âgés d'à peine vingt ans qui sillonnaient nos villages et y vivaient pour enseigner ou soigner les malades.

Eux aussi s'étaient portés volontaires pour venir nous aider à sortir de notre misère. Ils appartenaient à un corps créé par le président Kennedy qui s'appelait le «Peace Corps» ou corps de la paix. Ces jeunes gens n'avaient rien à voir avec les professionnels de l'aide de nos jours, qui n'aident qu'à condition qu'ils puissent se déplacer en véhicules 4X4 climatisés et qu'il y ait, dans les parages, une caméra de télévision.

Il y a quelque temps, j'appris au Japon que jusqu'à ce que notre crise politico-militaire mette en danger la vie des étrangers, il y avait, dans notre pays, de jeunes Japonais qui s'étaient, eux aussi, portés volontaires pour venir nous aider à curer nos caniveaux, planter du riz ou mettre du mercurochrome sur nos plaies.

Nos cadres de vies dégradés et négligés

Il y a quelques années, nous croulions, ici à Abidjan, sous les ordures, et la cité administrative du Plateau commençait à ressembler à une petite forêt, tant les herbes étaient devenues hautes. Les caniveaux étaient tous bouchés, ce qui provoquait des inondations à la moindre pluie. Nous avons tous en mémoire ce fameux carrefour de l'Indénié que l'on avait baptisé «la piscine de Mel Théodore», le ministre de la Ville et de la Salubrité d'alors.

Il en était de même dans toutes les autres villes de notre pays, dans nos villages. Combien de routes, de rues ou de ruelles de nos villes et villages ne sont pas devenues impraticables uniquement parce que les pluies y ont creusé des rigoles qui, au fil du temps, sont devenues d'énormes fossés? D'autres routes, bien bitumées à coup de centaines de millions, voire de milliards de francs, étaient devenues aussi impraticables parce que simplement envahies par les herbes.

A Abidjan ou dans nos campagnes, de jeunes gens qui n'étaient pas particulièrement occupés par un emploi qu'ils n'avaient pas, s'accommodaient de cet environnement insalubre. Tous les autres qui n'étaient pas désœuvrés aussi. Aucun de nous n'a eu l'idée de consacrer un seul dimanche de sa vie à aller désherber la cité administrative ou déboucher les caniveaux de son quartier, afin d'éviter d'avoir les pieds ou le salon dans l'eau dès qu'il pleut.

Les jeunes désœuvrés auraient demandé à être payés avant d'assainir leur propre environnement, et nous autres travailleurs, cadres, aurions posé ces questions à celui qui nous aurait demandé de prendre la machette ou la houe pour rendre propre notre cadre de vie ou pour désensabler nos caniveaux: «tu m'as bien regardé? Pour qui me prends-tu?»

L’esprit du volontariat

Dans tous les pays occidentaux que j'ai eu à visiter, il y a l'esprit du volontariat, qui pousse chacun à consacrer un certain temps de sa vie à son pâté de maison, à son quartier, à sa commune, à sa ville, à son pays, ou au reste de l'humanité. Lorsqu'il y eut le tremblement de terre et le tsunami de l'année dernière au Japon, ce fut une armée de jeunes volontaires qui porta les premiers secours aux sinistrés. A quel moment nous sommes-nous mobilisés un jour pour faire face à une de nos nombreuses calamités?

L'esprit du volontariat n'est pas encore arrivé chez nous. Le nôtre est celui de l'assistanat. La majorité des Ong que nous créons servent, avant tout, à escroquer les personnes de bonne volonté et les Ong occidentales qui ne connaissent pas encore notre esprit. Nous attendons toujours une assistance pour satisfaire le plus basique de nos besoins: celle de l'Etat ou de la communauté internationale, c'est-à-dire les Occidentaux.

Mais gare à ces derniers s'ils osent dire un seul mot sur la façon dont nous nous gouvernons mal. J'ai vu, une fois au Togo, un reportage de la télévision sur une opération menée par la coopération allemande pour apprendre aux habitants du quartier de Bè à nettoyer leurs WC. WC qui avaient été construits quelques années plus tôt par la même Coopération allemande.

J'ai vu aussi, au bord du lac Ahémé au Bénin, quatre latrines en bois sur lesquelles il était écrit : «Financement: Coopération française.» tant que nous attendrons que ce soient les autres qui viennent sacrifier leurs temps et argent pour nous, notre libération ne sera pas pour demain. Et si nous croyons vraiment à l'avènement d'une Côte d'Ivoire nouvelle, nous avons intérêt à commencer à bouger un peu plus que cela.

Venance Konan

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Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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